CHAPITRE DIXIÈME
plient la Chambre de passer outre, de songer à l'Italie ! La majorité persiste. Les ministres sollicitent le roi en lui otïVant leur démission. Le roi refuse. Il s'est assuré des troupes , des régiments suisses ; il se croit une force suflisante pour réprimer le mouvement et donjiner la situation ; il repousse toute proposition. La nuit entière se passe en négociations. Avec le jour qui se lève, les perplexités redoublent. De part et d'autre, on s'apprête au combat. La rue de Tolède est garnie de gardes nationaux, de citoyens aux fenêtres et derrière les barricades. La garde nationale est convoquée, consignée dans ses quartiers. Les troupes napolitaines et les Suisses prennent position devant le palais et sur le Largo del Castello. Les députés attendent avec anxiété la décision royale.
Enfin le matin ( 1 5 mai ) , le roi , fiévreusement agité , doutant de l'issue de la bataille, hésite, cède à des instances réitérées, et signe un décret par lequel il concède : l'ouverture des Chambres pour deux heures de l'après-midi, dans le local de l'université des études; l'annulation des articles 12 et 13 du programme; une nouvelle formule du serment qui sera prononcé seulement après la vérification des pouvoirs, et qui spécifie la révision et la modification de la constitution , conformément à l'article 5 du programme du 3 avril.
Ce décret, aussitôt communiqué à la Chambre des députés, détend la situation. L'espérance renaît. On respire. Avec la cause vont tomber les effets. Il n'y a plus de motifs de lutte. M. Lanza, qui préside, fait surle-champ afficher une proclamation où il demande au peuple la destruction des barricades, afin que le parlement puisse s'ouvrir paisiblemeni. Des députés courent
à la rue de Tolède. Le général commandant la garde nationale, Gabriel Pepe, s'y rend également. Les concessions du roi sont annoncées. Tout doit rentrer dans l'ordre. Plus de combats! plus de sang inutile! Les uns accueillent ces paroles avec empressement , et se refirent; d'autres écoutent silencieusement, demeurent immobiles, gardent leurs armes. Les barricades restent debout. Le général , les députés s'épuisent en exhortations, en prières; tous les efforts sont inutiles. Les ordres écrits du parlement ne sont pas obéis. Le nombre des gardes nationaux et des citoyens armés diminue; mais un petit nombre, exalté, fanatisé, inflexible, garde le poste choisi derrière les barricades et aux fenêtres. En face sont les troupes, les Suisses! Ils ne reçoivent pas du roi, qui a le commandement direct, l'ordre de se retirer, et demeurent aussi, l'attitude menaçante, le fusil chargé au bras. Cette situation se maintient jusqu'à onze heures et demie. Une étincelle, et le feu éclate ! Alors, comme toujours en circonstances semblables, deux coups partent; deux blessés! Les troupes ripostent. Le combat est commencé. Ce n'est pas seulement le sort de Naples, du royaume des Deux- Siciles, qui va se décider dans la rue de Tolède, c'est l'avenir de l'Italie!
D'où sont partis ces coups de fusil? de patriotes impatients d'une lutte décisive, ou d'agents provocateurs envoyés par le prince, qui connaît par ses espions le petit nombre des combattants, et qui compte sur dix mille hommes, dont quatre régiments suisses, pour étoulîer la révolution dans le sang? Dieu le sait! Mais, soit excès d'audace chez les défenseurs des barricades, soit provocation royale, les conséquences en seront
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Bientôt la bataille s'engage sur dilTérents points. Les citoyens, des fenêtres et des barricades, envoient la mort aux assaillants. La fusillade attire une partie de ceux qui s'étaient éloignés. Les régiments suisses reçoivent l'ordre d'attaquer sur (juatre points : à la barricade San-Fernando, où le feu est le plus meurtrier, à Santa-Brigida , à San-Giacomo, à Yica-Concezione. Une pluie de balles renverse, en peu de temps, six officiers et trente-cinq grenadiers. Les Suisses se battent pour le roi qui les paye , par devoir de soldats, sans conviction , sans passion, mais bravement et de sang-froid. Militaires de bronze, rien ne les fait plier. L'assaut est livré et repoussé avec même vigueur. Les morts et les blessés tombent des deux côtés , frappés en face. Les gardes nationaux , les jeunes gens, sans expérience des armes, font des prodiges de valeur. Hardis , impétueux , d'abord novices au feu, en une heure ils luttent en héros! Les victimes sont spontanément remplacées par les survivants. Vainement les Suisses veulent pénétrer dans les barricades. Le plomb, le fer, les pavés, les arrêtent.
Le roi, dès le début, a fait arborer sur son palais le pavillon rouge. Sur les châteaux forts ce drapeau de sang apparaît , signal convenu d'avance. Les bombes foudroient la ville. Le commandant du fort Saint-Elme, le général Michel Angielo Roberti , n'obéit pas à Tordre donné. Il ne brûle que de la poudre et n'envoie que de la fumée. Il sait qu'après la lutte il sera destitué, et il n'hésite pas entre le soin de sa fortune et le respect de la cité. Les heures lentement s'écoulent; ot le combat se soutient avec la même intensité. Les Suisses appellent à leur aide l'artillerie. Le canon tonne. Les boulets
traversent les barricades sans les abattre. Succède ensuite la mitraille. Les barricades et les maisons sont criblées! Rien ne peut ébranler leurs intrépides défenseurs. Pendant plus de quatre heures, on se bat sans succès de part ni d'autre. La victoire flotte incertaine.
Les députés, qui , le matin encore , espéraient la pacification, et dont une partie s'étaient vêtus de noir pour la cérémonie, se rendent au Monte-Oliveto. La séance est ouverte sous la présidence du vénérable Cagnazzi , (( qui répand sur le jeune parlement l'ombre sainte de ses quatre-vingts ans ». Les premières délibérations se ressentent de l'inquiétude et du trouble des premiers moments. La Chambre, indécise, n'ose pas saisir vigoureusement le pouvoir, convoquer les bataillons de la garde nationale consignés dans leurs quartiers, transmettre par des proclamations la vie légale à la résistance. Des députés reçoivent mission d'aller aux informations. Deux commissions sont nommées, pour se rendre l'une auprès du roi, l'autre auprès de l'amiral Baudin et du chargé d'affaires de France, M. Levraud. Peu après, un garde national, M. Capone, sans prononcer une parole , dépose sur le bureau un boulet ramassé dans une rue. Ce langage muet fait tressaillir. L'assemblée se décide à nommer un Comité de salut public, composé de cinq membres, pour sauver Naples du carnage. Les uns proposent de se retirer à Capo di Monte, d'autres de distribuer des largesses aux lazzaroni , que les agents de Ferdinand cherchent à soudoyer et à déchaîner contre la bourgeoisie. DéHbérationsinu-