CHAPITRE DIXIÈME
tiles et stériles ! Le combat engagé , on ne pouvait plus que s'y jeter!
Le roi était dévoré par les inquiétudes d'une lutte plus opiniâtre qu'il ne s'y attendait. La pâleur de son visage décelait les déchirements de son âme , et pourtant il repoussait fiévreusement les sollicitations des ministres et des députalions qui réclamaient une trêve. Le cœur rempli de l'amertume des concessions arrachées et des humiliations subies, il croyait saisir la victoire; et, malgré ses angoisses, il ne pouvait y renoncer. A la soif de la vengeance s'unissait la soif de recouvrer le pouvoir despotique. Il comptait sur la bravoure des Suisses , sur les lazzaroni qu'il faisait recruter par l'appât du sac et du pillage, sur les canons dès forts ; et il répondait aux instances des ministres : « La besogne est commencée, il faut la finir! » Le corps diplomatique, sans excepter lord Napier, ministre d'Angleterre, qui, avant le 29 janvier, soutenait le parti libéral, se rendit auprès du roi, et ne trouva pas un seul mot pour la cessation de cette lutte sanglante. Seuls, un délégué de la légation de la République française el un capitaine de vaisseau, délégué de l'amiral, vinrent au nom de la France faire entendre des paroles dictées par les droits de l'humanité.
XVIT
Le jour baissait. Le combat durait depuis huit heures. Les soldats voyaient avec anxiété s'étendre les ombres de la nuit. S'ils ne parvenaient, avant l'obscurité, aune
victoire complèle, ils ne pouvaient plus espérer la victoire. Les dalles des rues étaient inondées de leur sang et couvertes de leurs cadavres. Ivres de poudre, ils tentent un effort suprême; ils forcent les portes, pénètrent dans les maisons, tirent des fenêtres; les deux premières barricades enlevées, ils attaquent les autres avec furie. Les citoyens sont épuisés d'hommes, de munitions; ils n'offrent plus au torrent qui déborde que leur poitrine , et ils tombent! ils meurent ! mais en mourant, ils ont réhabilité le nom napolitain, la bravoure napolitaine. Que chacun, quelle que soit son opinion sur cette lutte, les respecte dans leur martvre : ils ont prouvé ({u'à Naples aussi on savait se battre, se dévouer et mourir!
Les Suisses sont maîtres du centre de la rue de Tolède; la garde royale déblaye les barricades de Monte- Oliveto et de Spirito-Santo, ce qui leur permet d'occuper le Largo del Mercatello; toute la rue de Tolède est en leur pouvoir. Avec la victoire commence le sac et l'incendie; le soldat se rue comme sur une ville prise d'assaut. Les lazzaroni, oiseaux de proie après la bataille, lancés sur la bourgeoisie et la noblesse, accourent par bandes en criant : Vive le roi! Le tableau des atrocités commises est tel que notre plume se refuse à le peindre , et que nous en laissons la description aux historiens italiens. « La soldatesque, » ditPepe, «abusa de la victoire avec une rage de cruauté incroyable. La barbarie était devenue de la fureur. Au milieu du dixneuvième siècle, une cité d'Italie, florissante et civilisée, vit des horreurs dignes de Néron, des monstruosités exécrables ; et l'Europe , représentée par ses escadres, contempla ce sanglant spectacle, impassible