CHAPITRE DIXIÈME
et l'œil sec! Massacres, sacs, fusillades! enfanis, vieillards, femmes égorgés! rien de tout cela, à la honte de l'humanité, ne fut épargné... La malheureuse Naples fut livrée à toutes les tortures. La lie de la populace couronna l'œuvre en se gorgeant, avec les soldats, de viols et de rapines... Tous les soldats de la garde nationale pris les armes à la main furent fusillés!.., La nuit du 1 o mai , la plus belle ville d'Italie présentait un spectacle que la plume a horreur de décrire : les palais en feu, la rue de Tolède et les rues adjacentes jonchées de cadavres mutilés et sanglants , les gémissements des mourants étouffés par les cris obscènes de la populace! de tous côtés les traces fumantes des ravages de l'artillerie; deuil et atrocité partout! dans toutes les familles, l'inquiétude, la douleur; dans tous les cœurs, la crainte, l'épouvante!... ))
Les prisons et les cachots se remplirent d'habitants pris en masse et au hasard.
Ce funèbre récit paraîtrait l'exagération d'un parti vaincu, s'il n'était pleinement confirmé par le parti vainqueur. On en trouve l'aveu dans les documents fournis par les partisans du roi. Un correspondant de l'Univers écrivait à ce journal : « ... Plusieurs de nos compatriotes ont éprouvé de grandes pertes, car dans la fureur du combat et dans l'ivresse des premiers moments qui ont suivi la victoire, on n'a pas su contenir le soldat, et il y a eu quelque chose comme le sac d'une ville prise d'assaut. Les vaincus exagèrent naturellement, mais la vérité est encore bien déplorable. »
L'agent général de la Confédération suisse, M. G. Meu-
ricoffre, disait dans une dépêche adressée à son gouvernement : « ... Des scènes de pillage ont eu lieu, dans lesquelles plusieurs de nos ressortissants établis ici ont eu à souffrir... »
Enfin, on lit dans une lettre justificative, signée le 7 juin, par les quatre colonels des régiments suisses : «... Sans doute, des désordres de divers genres ont dû se commettre; des personnes innocentes ont pu être maltraitées, tuées même; on aura dévasté sans nécessité, dérobé beaucoup d'objets. Les soussignés, leurs officiers, de même que les soldats sous leurs ordres, déplorent tous bien sincèrement de pareils excès commis par des individus des régiments suisses. » Après avoir exprimé l'espoir que tous les hommes bien pensants et justes ne voudraient pas appliquer à la généralité du corps la responsabilité de ces actes, ils ajoutent : « Pour ce qui concerne le pillage qui eut lieu pendant et après le combat, tout en en convenant, nous ne pouvons cependant porter un jugement sur sa nature , sur son étendue , mais nous osons assurer qu'il serait injuste d'en attribuer une trop large part aux soldats ; car il est de notoriété publique qu'une troupe nombreuse de pillards, profitant de l'occasion, entrèrent dans les maisons restées ouvertes, forcèrent les magasins, et les vidèrent. A qui appartenait-il de faire cesser ces désordres? Ce n'était certainement pas à la troupe dont la mission était de réjuimer la révolte, mais bien à d'autres forces qui, chacun le sait, ne se trouvèrent pas sur les lieux... »
Dans ses intéressants Mémoires, Montanelli compare la victoire du roi à Naples et celle du généreux peuple à Milan.