‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 128 sur 209 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

avec l'effusion de l'âme, à notre loyauté, à notre religion, à notre sacre et spontané serment; et vivez dans la pleine certitude que la plus incessante préoccupation de notre esprit est d'abolir au plus tôt, avec l'état exceptionnel et passager dans lequel nous nous trouvons, et autant qu'il nous sera possible, le souvenir du funeste malheur qui nous a frappés. »

Le roi iit suivre cette proclamation d'un décret qui établissait le cens, pour les électeurs à douze ducats, pour les éligibles à cent vingt, et de deux ordonnances qui convoquaient les collèges électoraux au 15 juin, et l'ouverture des Chambres au i" juillet.

Pouvait-on penser que ces promesses volontaires après la victoire, que ce serment librement affirmé, que cette convocation des Chambres n'étaient qu'un leurre, et ne recevraient pas d'accomplissement? Aussi l'opinion publique se laissa égarer î Cette question du serment, subtilement embrouillée, ne fut pas comprise. L'émotion causée par la répression fut atténuée-, et les tentatives insurrectionnelles sur plusieurs points purent être promptement étouffées.

Nous avons fait nos efforts pour rester impartial dans le récit de ce drame lugubre, et nous avons cité les déclarations et les protestations des deux partis. Mais quelles que soient ses préoccupations politiques, aucun homme de sens et de cœur n'hésitera à flétrir l'atrocité de la répression. Dans les guerres civiles malheureusement, la destruction, les blessures, la mort, prennent une trop large part. Les haines sont trop haineuses, les

vengeances trop vengées, et les victimes trop nombreuses. Du moins après le combat, et même pendant le combat, que les lois de la guerre, sinon celles de l'humanité, soient respectées! que les blessés soient relevés, non assassinés! que les prisonniers soient gardés ou jugés, et non lâchement fusillés! Que le pillage sauvage, le vol, le viol, l'incendie, soient maudits par tous, maudits au nom de Dieu! maudits dans le passé , maudits dans l'avenir ! Que les hommes honnêtes de tous les partis soient d'accord pour stigmatiser ces hontes, ces plaies, ces horreurs, ces crimes, quels que soient ceux qui les couvrent, peuples ou princes! Ennoblissons nos douleurs, nos déchirements civils, autant que faire se peut. Pendant la bataille si nous cédons à la fatalité qui nous pousse, après la bataille ne nous avilissons pas dans le sang. Aussi, ce qui doit peser à toujours sur Ferdinand, ce qui s'attachera à son nom, le poursuivra dans l'histoire, ce n'est pas la lutte du 1 5 mai, pendant le jour : à chacun ses opinions, soit! mais c'est le sac de la ville ! c'est le soldat massacrant et volant! c'est le lazzarone déchaîné comme une bête fauve pour la curée! c'est l'incendie autorisé, excité! c'est regorgement des enfants, des femmes, des vieillards! c'est cette saturnale de destruction se ruant sur cette belle cité durant la nuit; que dis-je, la nuit! tout le 16 mai encore! c'est Ferdinand jouissant de sa vengeance et de son triomphe, laissant l'orgie s'épuiser d'elle-même, apparaissant dans les rues, lui, le roi, avec la reine, pressant de leurs mains souveraines les mains sanglantes des Suisses et les mains ignobles et souillées des lazzaroni !

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