‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 129 sur 209 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

XXIT

Le vice-amiral Baudin, commandant l'escadre française, et le chargé d'affaires de France, M. Levraud, étaient divisés d'opinion ; ils devaient l'être sur les limites de leur intervention. Malgré ces divergences, ils tombèrent d'accord pour adresser au roi pendant le combat la demande d'une trêve , en termes fermes et dignes, pour offrir aux proscrits un asile, et pour protéger les nationaux, avec menace d'employer la force si, à une heure indiquée, satisfaction complète et garantie assurée n'étaient pas données.

L'Italie apprit ces sinistres nouvelles avec toutes les démonstrations du désespoir, avec tous les élans de la colère. Il y eut un soulèvement de l'opinion, un cri de. fureur contre Ferdinand, une acclamation de sympathie pour les victimes et pour les proscrits! Malédiction, anathème partout ! On alla ])lus loin : dans les principales villes où résident les consulats de Naples, les armoiries royales furent violemment arrachées, brisées, traînées dans la boue. A Gênes, l'écusson fut brûlé sur la place habituelle des exécutions publiques, aux cris de : Mort à Ferdinand, mort au roi infâme!

Les Suisses partagèrent cette réprobation universelle. Les détails de leur victoire étaient tellement atroces

qu'ils excitèrent l'indignation de leurs propres concitoyens, qui se débattaient vainement contre la responsabilité du sang qui rejaillissait sur eux. M. James Fazy, chef du parti radical à Genève, se fit, à la séance de la diète du 26 mai, l'interprète des sentiments de la Suisse entière : « La diète ne peut rester impassible en présence des nouvelles déchirantes qui sont parvenues de Naples. Ces nouvelles font jouer aux troupes suisses qui se trouvent au service de cette puissance un rôle qui', s'il se confirmait, jetterait un voile sur la gloire que la Confédération s'était acquise dans ces derniers temps. Il importe que la diète prononce une réprobation, et une réprobation éclatante, contre le rôle qu'ont joué dans ce drame effroyable nos milices capitulées. La Suisse serait déshonorée si elle pouvait, par son silence, sanctionner les scènes horribles dans lesquelles les soldats suisses ont figuré d'une manière

si déplorable »

Les capitulations suisses remontaient à 1827, et avaient été conclues les unes pour vingt-cinq, les autres pour trente ans. La Confédération avait quatre régiments au service du roi des Deux-Siciles : un régiment de Lucerne et des cantons primitifs, un du Valais, un de Soleure et Fribourg, un de Berne. Une enquête fut ordonnée , à la presque unanimité , par le grand Conseil de Berne, pour procéder contre le quatrième, celui qui avait le plus souffert , et pour rappeler au besoin les milices. Le Directoire fédéral, dans la séance du 5 juin, envoya à Naples deux délégués extraordinaires, avec mission de dresser une instruction. Le général Thiard, ministre plénipotentiaire de la République française près la Confédération, ayant cru devoir recommander

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