CHAPITRE DIXIÈME
au Directoire de faire rentrer ces quatre régiments , le président Franck répondit que, tout en étant d'accord avec le représentant de la France quant au principe, il repoussait toute immixtion d'un État étranger dans les affaires de la Suisse. Une motion, faite dans le Conseil exécutif de Berne, de proposer au grand Conseil le rappel du régiment bernois et le payement des pensions convenues dans la capitulation, fut repoussée en ce qu'elle eût coûté 500 000 francs par année au canton assez peu disposé à se charger des obligations du roi de Naples.
L'enquête ne pouvait pas, ne devait pas aboutir. Elle n'était qu'une apparence de satisfaction donnée à l'opinion publique. La question d'argent dominait toutes les autres considérations. La Suisse, disaient les hommes de cœur de cette contrée, devait-elle continuer de vendre à l'étranger le sang de ses enfants? devait-elle , pays de liberté , pays républicain , servir à prix d'or les princes contre les peuples? devait-elle persévérer dans un système qui transformait les fiers enfants de l'Helvétie en condottieri du despotisme , au profit des monarques les plus hostiles à la Suisse ellemême, à ses principes, à ses intérêts politiques? Ils blâmaient ces vieilles coutumes, débris de la barbarie des siècles écoulés, et ils les repoussaient comme une iionte nationale. Aussi pour calmer leur conscience révoltée, pour affaiblir les malédictions des peuples, ils montraient leurs volontaires courant au secours de la Lombardie , et les phalanges à la solde de Pie IX luttant et mourant sous les murs de Yicence pour sauver l'Italie. Ils parvenaient ainsi à atténuer les faits, mais ils ne pouvaient se laver de ces traditions sauvages, de ces
contrats sauvages qui avaient abouti au sac de Naples.
La Suisse se montrait d'ailleurs très-réservée dans ses rapports oliiciels avec le Piémont et avec la France, et se renfermait dans une politique d'isolement. A une dépêche du 6 avril, par laquelle le gouvernement sarde lui demandait un traité d'alliance offensive et défensive, la diète répondait par des témoignages de sympathie, par des raisons plus ou moins spécieuses, mais enfin par un refus. Le dernier considérant de ce i-efus était assez singulièrement motivé : c'était la prévision qu'en présence de l'affaiblissement de la monarchie autrichienne le roi de Sardaigne resterait victorieux.
La diète fermait également l'oreille aux propositions d'alliance avec la France. La Révolution de Février avait sauvé la Suisse et son parti radical d'une intervention étrangère qui se préparait , et le parti radical et la Suisse refusaient à cette Révolution leur concours dans les cas éventuels de guerre générale entre les peuples et les princes. Le sentiment d'égoïsme, prudent peut-être, mais étroit, avait prévalu malgré l'opposition d'un certain nombre de membres de la diète.
L'épée des Suisses, à Naples, avait frappé l'Italie au cœur. Au moment où les destinées de la Péninsule allaient être décidées dans les plaines de la Lombardie ; lorsque la Yénétie, envahie, pliait et tournait ses regards vers l'armée napolitaine; lorsque Charles- Albert, comptant sur ce concours pour contre-balancer les renforts de Nugent , transmettait à Pepe l'invitation de se réunir à la droite de l'armée sarde; lorsque le