CHAPITRE DIXIEME
gouvernement de Milan déléguait son secrétaire Correnti auprès de ce général pour le remercier et le seconder; lorsque l\Ianin écrivait au roi de >'aples pour lui faire la description des fêtes de Venise à l'arrivée de sa Hotte, et lui témoigner la reconnaissance publique ; lorsque enfin Pepe avait enjoint à la première division de marcher en avant, ce fut à ce moment , le 22 mai , que parvint à Pepe l'ordre fatal de faire rétrograder les troupes et de retourner àNaples.
Ainsi, après le 1 5 mai , le premier sentiment de Ferdinand fut l'abandon de l'indépendance italienne; la désertion de cette cause que, dans sa proclamation du 7 avril , il appelait sacrée; la fuite loin de ces contrées qn'il appelait le champ d'honneur de la nation. Cet acte, cette date néfastes resteront inscrits dans les annales de l'Italie comme la malédiction d'un peuple sur la mémoire d'un roi.
Pepe, saisi de tristesse, croyant d'abord ne pas pouvoir résister à des ordres précis et absolus, se démit du commandement dans les mains du général Statella; mais, raffermi par les démonstrations de la garde nationale et de la population de Bologne, il le reprit. Statella, forcé de se soumettre, quitta l'armée, et faillit, en traversant la Toscane, être tué par le peuple (]ui brûla sa voiture de voyage. Pepe put maintenir son commandement quelques jours; mais bientôt il fut abandonné par la majeure partie de l'armée, qui , sous l'influence des officiers, voulut obéir au roi et rapporta à Naples ses drapeaux flétris. Le brigadier La Halle, contraint de suivre malgré lui ce mouvement rétrograde, ne supporta pas la pensée qu'on put le croire capable d'une désertion en face de l'ennemi ; il se tua d'un coup
de pistolet. Plusieurs officiers, sous-officiers et soldats, s'arrachant à la surveillance de leurs camarades, ne voulurent point partager le déshonneur de cette retraite , et se réfugièrent à Bologne , auprès des troupes fidèles à leur général.
Pepe conservait encore, le 30, une division d'infanterie , une de cavalerie et une batterie avec une compagnie de sapeurs. Mais le 10 juin, au passage du Pô, il eut l'amer chagrin de se voir abandonner par l'infanterie et par la cavalerie. De 1 4 000 hommes qu'il commandait, il n'avait plus que 3 000 hommes environ : deux bataillons de volontaires napolitains, auxquels s'était joint un bataillon de volontaires milanais conduits par César Correnti et ses deux jeunes frères; un bataillon de volontaires bolonais; une batterie de campagne; une compagnie de sapeurs, qui avait passé le Pô sous ses yeux; et le second bataillon d'éclaireurs, commandé par le major Ritucci. Ce nombre allait encore se trouver réduit. Quelques centaines de soldats d'élite et les volontaires, débris trié par l'amour de la patrie, devaient seuls soutenir, dans la guerre de l'indépendance, la gloire des armes napolitaines.
La flotte avait également reçu les ordres de retour, le 24 mai. Aux premières rumeurs qui circulèrent à Venise, l'envoyé du roi de Naples, Pietro Leopardi, transmit au gouvernement de la Répubhque vénète une lettre au contre-amiral Cosa, commandant l'escadre, qui lui enjoignait de demeurer dans les eaux de Venise , en vertu des instructions signées par le roi ,