‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 134 sur 209 · CHAPITRE ONZIEME. Sii · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME. Sii

roi de Piémont, qui ne luttait que pour sauver sa couronne, satisfaire son ambition, et qui sarrifierait, au premier jour, une partie de la patrie italienne pour ajouter quelques provinces à son royaume.

Les partisans de Charles-Albert, afin de mettre un terme à cette polémique, fondée en apparence, mais injuste à leurs yeux, hâtèrent le dénoùment par une solution définitive de la forme du gouvernement. Les pétitions en faveur de la réunion à la Sardaigne circulèrent à l'infini. Le duché de Plaisance se décida le premier, et 37 000 votants contre 300 prononcèrent l'annexion. Cette unanimité fut accueillie avec enthousiasme à Turin. Les duchés de Parme, Reggio et Modène se disposèrent à suivre cet exemple.

Le Gouvernement provisoire de Milan avait fait, le 12 mai, un appel à la nation. « Tout le monde, » disait-il, « convaincu qu'une victoire assurée allait couronner une guerre de courte durée, avait trouvé facile et naturel de remettre, au triomphe de la cause italienne, la discussion des destinées futures du pays. » 3Iais la guerre, au contraire, était compliquée, interminable; l'armement du pays, la levée, l'organisation d'une armée, les subsistances à assurer, les embarras imprévus, les menées de la diplomatie, l'invasion des provinces vénètes, enfin le péril imminent des discordes civiles, nécessitaient une détermination rapide. En conséquence, les registres, déclarés ouverts dans toutes les paroisses de la Lombardie à l'effet de recevoir les votes des populations, devaient être irrévocablement fermés le 29 mai. Tout citoyen âgé de vingt et un ans accomplis avait le droit de voter.

Les républicains publièrent, le 21 , contre cet acte

3iG LA RÉVOLUTION DE 1848 EN EUROPE, qu'ils déclaraient illégal, une protestation qui se terminait ainsi : « Avec ce décret, vous donnez un prétexte à l'intervention étrangère, que nous déplorons

tous En sortant de votre neutralité, vous jetez le

gant aux opinions sacrifiées... Dieu sauve l'Italie et l'arrache au danger que vous lui suscitez du côté des étrangers... Quant à nous, nous aimons la patrie commune plus que nous-mêmes; nous ne ramasserons pas le gant. Nous ne résisterons pas au nom de nos droits, parce que la résistance serait un commencement de guerre civile, et que la guerre civile, toujours coupable, le serait doublement aujourd'hui que l'étranger envahit encore nos provinces; nous espérons que nos concitoyens nous tiendront compte du sacrifice. » Suivaient quarante et une signatures, parmi lesquelles celles de MM. Guenio Bazzoni, Pompeo Ferraio, au nom de la Société de la Souveraineté du peuple; Joseph iMazzini, pour l'Association nationale italienne; Joseph Sirtori, Henri Gallardi, Hercule Porro, pour la Société républicaine; puis celles des rédacteurs des journaux la Voix du Peuple^ VÉmancipaHon, le Républicain, la Revue européenne.

Dans ce débat sur les destinées du pays, les membres du Gouvernement provisoire invoquaient la nécessité, le salut public, le but, l'unité; les républicains, la parole donnée, le droit, les principes. Si les républicains se maintenaient dans les limites de leur déclaration, s'ils s'abstenaient de toute résistance, « qui serait un commencement de guerre civile doublement coupable en face de l'ennemi », non-seulement ils avaient pour eux la justice et la raison, mais ils captivaient, pour l'avenir, l'opinion publique par leur modération et par

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