‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 135 sur 209 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

leur sacrifice, comme ils avaient su la conquérir par leur bravoure à Milan. ^Malheureusement les enfants perclus du parti démocratique ne purent s'arrêter au programme tracé, et ils compromirent, par leur impatience, par leur hostilité, une situation si bien dessinée.

Les registres ouverts se couvraient de signatures en faveur de la réunion immédiate au Piémont. On pouvait déjà constater une immense majorité. Soudain, dans la journée du 27, on voit les murailles couvertes d'affiches où le peuple est invité à se réunir, le 29, à midi, sur la place Saint-Fidèle, pour obtenir la promesse solennelle « qu'on ne porterait pas la main sur ses destinées sans lui faire connaître, à l'avance, les conditions transitoires, d'où dépendraient en dernière analyse les conditions définitives ». Le gouvernement répond par un appel à la tranquillité et à la concorde , et par l'affirmation que toutes les garanties seront données pour maintenir les libertés conquises.

Le 28, au matin, une foule de jeunes gens et de gardes nationaux se présentent devant le palais du gouvernement, réclamant la publication d'un décret où seront assurés, l'inviolabilité de la garde nationale, la liberté de la presse, le droit d'association, le suffrage universel. Le gouvernement s'empresse d'annoncer que ces franchises seront stipulées , tout en protestant que la nation déplore ces démonstrations tumultueuses, dont l'ennemi seul peut se réjouir et profiter. Le lendemain, jour indiqué pour la manifestation, la foule re-

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vient sur la place, en plus grand nombre que la veille; elle est plus animée; elle fait entendre des plaintes sur la proclamation qui précède le décret, comme insultante pour le peuple. Des chefs l'excitent; ils accusent les membres du Gouvernement provisoire, les appellent à grands cris, s'avancent au premier rang. Des clameurs surgissent; les cris redoublent. Les plus audacieux envahissent le palais. Le président Casati paraît au balcon; son extrême pâleur décèle une émotion profonde, non la faiblesse. M. Urbino, le provocateur du mouvement, se place à ses côtés, et profite du premier moment de silence pour jeter au peuple ces mots : « Le Gouvernement provisoire en masse donne sa démission. )) De la foule, devenue plus compacte par l'arrivée de citoyens accourus de tous côtés, partent des interpellations, M. Casati dit au peuple que « le gouvernement ne Tabandonne pas et ue l'abandonnera jamais; que le décret est la base inaltérable des libertés de la nation ». Des acclamations et des murmures s'élèvent simultanément. Les applaudissements dominent. M. Casati ajoute quelques paroles , auxquelles le peuple répond par des vivat. La masse s'est prononcée. La garde nationale vient défiler sous les balcons du palais. Le mouvement est étouti'é. Urbino est arrêté; les autres meneurs se dispersent ; et le Gouvernement provisoire sort de cette épreuve triomphant et plus puissant.

Cette tentative parut intempestive et impolitique au plus grand nombre des républicains. iMazzini la désapprouva. Charles Cattaneo dit « qu'Urbino fut désavoué ouvertement par toute l'opposition , avec laquelle il n'avait formé aucun lien ». Suivant cet historien, « il

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