CHAPITRE ONZIÈME
Cet acte de réunion , présenté aux députés sardes, le 5 juin, fut reçu avec le même enthousiasme.
L'impulsion était donnée; elle fut suivie par les provinces vénètes, libres de l'étranger, Padoue, Yicence, Trévise, Rovigo. Des registres y avaient été ouverts dans toutes les paroisses, sans le consentement préalable du gouvernement de Venise. Les votes y furent presque unanimes.
Le 31 mai, avant la publication des résultats et l'envoi à Milan des délégués chargés de s'entendre sur les moyens d'opérer la fusion, les députés des Comités, ^DL Leoni , Tecchio , Perazzolo et Cervesato adressèrent un dernier appel au gouvernement de la République à Venise.
Après leurs remercîments sur la déclaration de l'indivisibilité des destinées de la Vénétie et de la Lombardie, ils reconnaissaient que le sort des deux pays ne devait être fixé qu'après le triomphe de la cause, par une assemblée constituante; mais ils motivaient leurs actes sur la nécessité , encore plus impérieuse pour les provinces vénètes que pour toute l'Italie : a L'opinion publique avait donc commandé le scrutin. Avant de dépouiller un vote, non douteux, qui pouvait détacher la terre ferme de Venise, ce qui serait un malheur public et un prétexte pour l'étranger; avant de laisser Venise, cette perle précieuse, reine de l'Adriatique, séparée d'un État puissant qui comprendrait les territoires sardes, les duchés, les provinces vénètes, assez fort pour sauvegarder la Péninsule de l'invasion étran-
gère par ses propres moyens , assez considérable pour peser dans la balance politique de l'Europe, ils s'adressaient au gouvernement de Venise qui resterait en dehors, s'il persistait à se maintenir dans la forme républicaine, non soutenue par le vœu de la nation, non favorisée par la diplomatie, répugnant à la cause et aux intentions des princes qui aidaient à purger la patrie de l'étranger. »
Ils priaient Venise d'envoyer à Milan, pour faire partie d'une commission de fusion, un délégué, dont l'absence serait déplorable, et de vouloir bien répondre avant le 3 juin, un plus long retard pouvant entraîner de grands désastres; persuadés, d'ailleurs, que Venise saurait immoler ses propres opinions au triomphe de la nationalité italienne.
Le gouvernement de la République répondit par la convocation, au 18 juin, d'une assemlïlée constituante, et par la mission, donnée à son ministre près le Gouvernement provisoire de Milan, M. Carducci, de le représenter dans la commission indiquée.
Les considérants du décret témoignaient une résignation pénible , mais digne. Ce n'était pas sans déchirement que Venise se sentait peu à peu absorbée dans la sphère de la monarchie sarde, et qu'elle se voyait précipitée par une série de catastrophes vers ce dénoûment. La République , si fière de son passé , obligée d'abandonner son nom, sa foi, sa loi, son avenir, à un monarque qui, au dernier jour, la livrerait peut-être, s'agitait dans des convulsions dernières et douloureuses. Chacun, librement, épanchait son ame , et versait avec effusion ses sentiments, ses désirs, ses convictions; partout, dans la ville, délibérations des cercles, pro-