‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 139 sur 209 · VI · texte numérisé non relu

VI

puissant, s'il avait été moins pressé? Il avait donné l'unité à son action , mais il avait justifié la jalousie des princes et leur abandon de la cause italienne, et il avait étouffé l'initiative et l'impulsion des peuples.

Contradiction singulière : Il voulait précipiter l'Italie sur l'Autriche, et il comprimait ses élans; accroître ses bataillons, et il en éloignait les plus audacieux; invoquer le patriotisme, et il en éteignait l'ardeur. Héritier des révolutions encore palpitantes, il en profitait, et il se privait de cette force révolutionnaire, feu violent qui s'étend, s'étend toujours, et décuple la puissance d'une nation contre l'étranger ; de cette force révolutionnaire, qui avait pris sans canons les forteresses, dispersé sans combats les régiments, fait désarmer des soldats par des citoyens désarmés , vaincu sans généraux les plus habiles généraux, et réduit à 45 000 une armée de 70 000 hommes. Avec cette force habilement dirigée , il pouvait achever l'œuvre , soulever de nouvelles masses, enfanter de nouveaux bataillons, enflammer ses soldats , et refouler les Autrichiens au delà des Alpes; mais pour s'en servir, il ne fallait pas en avoir peur ; et Charles- Albert, ses ministres, s'en épouvantaient!

Les ministres faisaient publier, par le consul sarde à Marseille, « que les compagnies de volontaires venant de l'étranger sans autorisation, étant un embarras pour l'armée régulière et un danger pour les campagnes, seraient repoussées, à quelque nation qu'elles pussent appartenir ». Étrange aveuglement! contre lequel protestait hautement la glorieuse participation à la défense de Trévise et de Vicence de la colonne venue de Paris, sous les ordres d'Antonini.

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