CHAPITRE ONZIKME
et bien conçu. Laissant Vérone suffisamment protégé, il conduira son armée à ^lantoue, écrasera les Toscans de l'autre côté du ^lincio, à Curtatone et à ■Montanara, tournera l'armée piémontaise, la cernera entre le Mincio et l'Adige, lui coupera ses lignes de jonction avec la Lombardie et le Piémont, et la forcera à mettre bas les armes ou à se défendre dans une position désavantageuse, tandis qu'un corps détaché, descendant de Rivoli par Lasise, cherchera à ravitailler Peschiera.
Le 27, après midi, le maréchal met son plan à exécution. Il laisse 1 o 000 hommes à Vérone et devant Vérone pour tenir en échec les Piémontais, et divise le reste de ses forces en trois corps : quinze bataillons, huit escadrons, trente-six bouches à feu, sous le général Wratislaw; dix-sept bataillons, huit escadrons, trente-six bouches à feu, sous le général d'Aspre; le corps de réserve, onze bataillons, vingt-huit escadrons, soixantedix-neuf bouches à feu, sous le général Wocher. Cet ensemble s'élève à 30 000 hommes, cent cinquante bouches à feu. Les trois brigades, passant par trois voies différentes, arrivent à Mantoue le 28 au soir.
Le 29, vers dix heures, les trois divisions sortent de Mantoue, détachent la brigade Sombschen pour garder la route de Governolo à Borghetto, placent à la réserve la brigade Wohlgemulh, et débouchent, en rangs serrés, sur Curl atone, Montanara, San-Silveslro.
La colonne toscane -napolitaine, sous les ordres du général Laugiei-, qui n'a pris le commandement que peu de jours auparavant, ne compte que cinq à six mille hommes, et doit soutenir seule cette formidable attaque. Le général Bava, qui, le 28, soupçonnant les mouvements de l'ennemi, avait fait espérer des secours
à Laugier, change d'avis, le 29, et lui envoie un ordre de battre en retraite, qui ne parvient pas à temps. L'armée piémontaise paraît prise au dépourvu. Les Toscans doivent être écrasés par des forces cinq fois supérieures. Cependant ils n'hésitent pas, font résolument face à l'ennemi et soutiennent ce choc terrible avec une bravoure désespérée. Pendant plus de trois heures ils résistent et font des prodiges de valeur. Laugier soutient l'ardeur de ses troupes par l'exemple et par la parole. Les cris de Vive ritalief donnent de la force au plus faible et du courage au plus timide. Les tirailleurs se battent à découvert; « ils veulent montrer leur poitrine à l'ennemi ». Le bataillon des écoliers se porte là où le péril est le plus grand; ils tombent sans plier et meurent en héros! Le savant professeur de géologie Léopold Pilla expire en criant « qu'il n'a pas encore assez fait pour la patrie 1 »
Le major piéraontais Beraudi, avec deux compagnies seulement de volontaires florentins, arrête une brigade entière pourvue d'une puissante artillerie. Le major est frappé en pleine poitrine; et les siens disputent encore le terrain pied à pied. Les Napolitains font merveille! jMais le nombre des Autrichiens augmente sans cesse, et menace de tourner les Italiens. A Montanara, peu à peu la masse les enveloppe et les déborde. A Gurtatone, une grenade fait sauter un caisson de poudre ; plusieurs artilleurs toscans sont tués et leur feu est éteint. Deux pièces sont ravivées. Bientôt tout effort est inutile. Laugier n'ose ordonner la retraite , que l'inexpérience de ses troupes peut changer en déroute. Enfin il faut s'y décider; et, en effet, le désordre se met dans les rangs. A Gurtatone, au passage d'un pont, la foule se presse. La