CHAPITRE ONZIÈME
compagnie de Malinchini , ferme à la tranchée, dérobe à l'ennemi cette confusion et l'empêche d'en profiter.
Épisode émouvant! Une quarantaine de volontaires, entraînés par Montanelli, se précipitent en avant, courent à travers les cadavres à un moulin voisin, et là opposent aux Autrichiens une défense désespérée. Les balles pleuvent sur ce bataillon sacré et le déciment. Tour à tour ils succombent; et les cartouches, glorieux héritage de celui qui meurt, sont partagées par les survivants. Le groupe héroïque, réduit peu à peu, se serre autour du drapeau italien. Pietro Parra, jeune homme plein d'avenir, est frappé. Montanelli se jette sur celui qu'il chérissait comme un frère, écoute de sa main la dernière pulsation du cœur, et n'embrasse plus qu'un cadavre. Il saisit le fusil de son compagnon d'armes pour le venger, se sent l'épaule gauche traversée par une balle, fait de vains efforts pour résister et combatttre encore, et perd le sentiment en criant à ses amis, qui, ne voulant pas se séparer de lui, se laissent prendre par les Autrichiens : « Vous témoignerez que je suis tombé en regardant l'ennemi. »
Les Toscans et les Napolitains étaient vaincus et mis en déroute. Douze cents seulement se retirèrent en bon ordre à Marcaria, sur l'Oglio; six cents se replièrent sur Goïto. Le reste était pris, blessé, tué ou dispersé. Mais le sang versé n'avait pas été inutilement répandu; le dévouement de tant de victimes n'avait pas été stérile. Le combat de Curtatone et de Montanara, malgré la défaite des Itahens, leur avait été moins fatal que la victoire même aux Autrichiens. Leur résistance avait retardé de plusieurs heures la marche de Radetzki; huit cents de ses soldats étaient restés sur le champ de
])a!aille, et la journée du 29 s'était passée à vaincre, à rallier ses bataillons et à reprendre des dispositions nouvelles que la lutte avait rendues indispensables. Radetzki ne pouvait donc plus surprendre l'armée piémontaise , désormais sur ses gardes , qui avait eu le temps de prendre ses mesures et de se concentrer. L'armée piémontaise, en etîet, mal renseignée, n'avait reçu que le 28 au soir quelques avis sur la marche des Autrichiens. Le 29 seulement, à l'aube du jour, une partie des troupes avait pu partir pour Volta; et ce ne fut que le 30, assez tard, qu'elles purent se mettre en
ligne à Goïto.
Le jour où se livrait le combat de Curtatone et de Montanara, 5 à 6 000 Autrichiens descendaient de Rivoli avec un convoi destiné à ravitailler Peschiera, et attaquaient les positions qui s'étendent de Calmasino au lac de Garde. Le général Bès, avec deux bataillons de la brigade piémontaise, une compagnie de tirailleurs et quelques volontaires de Pavie, les repoussa jusqu'au delà de Cavaglione, et fit échouer cette tentative.
Radetzki campa le soir, avec son avant-garde, à une heure de marche au delà de Curtatone, sur la route de Goïto; le premier corps d'armée à Curtatone et à San- Silvestro; le second, plus à gauche et en ligne; le corps de réserve, derrière le premier corps. Le 30, l'armée autrichienne marcha en avant, remontant le Mincio. Le maréchal , avec 25 000 hommes , s'avança contre Goïto; d'Aspre, avec 10 000, sur Ceresara pour pren-