CHAPITRE ONZIEME
bataillons de la brigade Cuneo, seconde le mouvement de la brigade Aosta, et charge l'ennemi à la baïonnette. La cavalerie Nizza menace la gauche de Wohlgemuth. Le régiment des gardes s'élance sur les Autrichiens, et les force à rétrograder à leur tour. Tout à coup le bruit se répand de la reddition de Peschiera. Les esprits s'exaltent; les cris de Vive f Italie! retentissent; les tambours battent la charge. Il est sept heures. Radelzki, désespérant de l'arrivée d'Aspre , ordonne la retraite sur toute la ligne, laissant 3 000 hommes sur le champ de bataille , blessés, morts ou prisonniers. Les Piémontais ont perdu 1 000 hommes environ; le roi et le duc de Savoie ont été légèrement blessés. L'armée italienne, fière de sa victoire, ivre d'enthousiasme, pousse des cris de joie , et adresse ses acclamations à Charles- Albert, roi d'Italie.
Radetzki se replia à quelques milles sans être inquiété. D'Aspre, qui devait décider du sort de la journée, n'avait rencontré aucun obstacle, mais la longueur du circuit avait exigé plus que le temps prévu ; il n'arriva que la nuit à Ceresara, et il y campa.
Une pluie torrentielle, la nuit du 30 et le jour suivant, rendit les chemins impraticables aux deux armées : elles restèrent deux jours en présence et dans l'inaction.
Le maréchal avait manqué son opération. La marche de ses troupes avait été trop lente. Après la défaite des Toscans, il avait perdu la soirée du 29 et la matinée du 30. S'il eût exécuté son mouvement plus rapidement, il était à Goïto avant l'armée piémontaise , qui n'y arriva que successivement et ne fut en ordre de bataille que vers
midi. Le départ de d'Aspre pour Ceresara eût dû être combiné de manière à conduire à temps ses 1 0 000 hommes sur le champ de bataille.
Si le maréchal méritait ces critiques, on reprocha à Charles- Albert et à ses généraux d'avoir été trop tardivement renseignés sur le plan de l'ennemi; d'avoir laissé écraser les Toscans, soit en ne les soutenant pas, soit en ne leur transmettant pas à temps l'ordre de se replier; de n'avoir pas su profiter, le 30, de l'élan de l'armée, pour poursuivre vigoureusement l'ennemi; de n'avoir point, Peschiera étant prise, précipité sur-lechamp toutes ses troupes sur l'armée autrichienne, qui , hors du centre de ses forteresses, eût été entièrement perdue si elle avait été vaincue une seconde fois; enfin, au lieu de presser la victoire, d'être allé, le i" juin, la célébrer à Peschiera.
La prise de Peschiera et le combat de Goïto produisirent en Italie une sensation plus vive encore que celle des premiers succès. L'armée piémontaise venait de triompher, avec des forces inférieures, des Autrichiens, malgré leurs renforts et leur nombre. L'imagination poétique des Italiens voyait déjà l'ennemi hors du territoire, et l'indépendance de la patrie recouvrée. L'horizon apparaissait plus brillant et l'avenir plus assuré. Malheureusement ce n'était pas encore la réalité !
Charles-Albert laissa s'écouler le 2 et le 3 juin sans attaquer Radetzki. Le 3, il a rassemblé, entre Yolta et Goïto, 40 000 hommes et 90 bouches à feu, dans l'intention de le repousser sur Mantoue.