CHAPITRE ONZIÈME
Mais le maréchal, ayant appris la reddition de Pesc'.hiera, les événements de Vienne, et la concentration des troupes piémontaises, quitte subitement, dans la nuit du 3 au 4, ses positions entre Goïto et Curtatone, se retire sur Mantoue en ravageant le pays, se dirige le 5, sur Legnago, laisse une partie de ses troupes pour dissimuler sa marclie, et arrive le 6, avec les archiducs, son état-major et le gros de l'armée, à Montagnana, sur la route de Padoue. Il a transmis au général Welden l'ordre de descendre du Tyrol avec les 15 000 hommes qu'il a réunis, et de marcher sur Vicence.
Durando, après la courageuse défense des 20 et 24 mai, était resté dans cette ville avec ses 1 0 000 hommes. Il y célébrajt la victoire de Goïto, lorsqu'il apprend la présence de Radelzki à Montagnana. Cette présence est d'abord interprétée par la population comme l'indice d'une nouvelle défaite de l'armée autrichienne près de Mantoue; mais, le 8 au matin, l'avant-garde de Radetzki parait. Durando voit le péril; il ne peut se décider à abandonner une ville qui s'est si vaillamment défendue, et à se replier sur Padoue ou sur Trévise. Il annonce successivement à Charles-Albert l'arrivée de l'ennemi à ^Montagnana et autour de Vicence; il espère résister quelques jours; l'armée piémontaise victorieuse délivrera Vicence. Telle est la pensée de Durando.
Le 9 juin, Welden descend d'un côté, Wohlgemuth vient de l'autre, d'Aspre par la route de Padoue, Wratislaw par celle de Vérone; le maréchal complète le cercle. Vicence est enveloppée. 40 000 hommes, cent dix-huit bouches à feu, vont livrer un nouvel assaut à cette ville héroïque, qui n'a que ses barricades ensanglantées pour remparts, et, pour défense, que
10 000 liommes de troupes romaines, suisses, volontaires de toutes les cités, ses braves habitants et trentehuit pièces d'artillerie. Doit-elle succomber ?
Pour la surprendre, Radetzki, qui, après avoir échoué dans son premier plan, a changé ses dispositions, et tente un coup plus chanceux et plus hardi que le premier, s'éloigne encore de ses lignes de l'Adige et de son centre d'action. S'il réussit, il répare les échecs subis devant cette ville , compense la défaite de Goïto, achève la conquête de la Yénétie, et, après avoir détruit le corps des Toscans, anéantit celui des Romains. S'il échoue, s'il est suivi par l'armée piémontaise qui le serre contre Vicence, il laissera le sort d'une bataille décider l'avenir de l'Italie.
Que faisaient Charles-Albert et ses généraux pour déjouer la tactique et les projets ennemis? Le 4 juin, ils pouvaient passer facilement sur la rive gauche du Mincio, se jeter sur la route de Legnano et joindre l'armée autrichienne. Ils se bornèrent à pousser une reconnaissance jusqu'à Curtatone et Montanara. Là se présentèrent à leurs yeux les traces douloureuses de la dévastation et du carnage de toute la contrée occupée par les Autrichiens, « les maisons forcées et saccagées, les églises profanées, les tabernacles brisés, les vases sacrés dérobés, et les offrandes pieuses des fidèles enlevées. L'épouvante partout. »
Charles- Albert, persuadé que l'ennemi ne songeait qu'à regagner Vérone , reprit ses anciennes positions. Le 7, il apprit que le maréchal s'éloignait de l'Adige.
Franzini , ministre de la guerre , lui écrivait (( que s'il se transportait à Peschiera pour attaquer Rivoli , il craignait que Durando ne fût menacé dans Vicence;