CHAPITRE ONZIÈME
qu'il le priait de rassembler le conseil des généraux, afin de décider le meilleur moyen de lui porter secours ; que ce moyen serait peut-être de profiter de certains accords avec quelques conjurés de Vérone pour produire sur l'Adigc une diversion, qui rappellerait forcément le maréchal Radetzki ».
Le conseil des généraux, présidé par le roi, prit la résolution de s'emparer de Rivoli , sauf à passer ensuite, avec le second corps, sur la rive gauche de l'Adige, tandis que le premier corps serait dirigé sur Vérone. Deux jours s'étaient écoulés dans les irrésolutions et les délibérations. Malgré les pressants avis de Durando sur le péril qu'il courait, on persista dans la décision arrêtée. Le 10, deux divisions marchèrent sur Rivoli, Tune par Garda, l'autre par Pastrengo. Quatre mille Autrichiens défendaient Rivoli; mais ils levèrent le camp, et se retirèrent précipitamment sur le Tyrol, sans être poursuivis. Le 11, le duc de Gênes s'empara de la Corona, n'y rencontrant aucune résistance sérieuse.
En résumé , le roi , après avoir perdu dix jours en marches, contre- marches, hésitations, conseils, avait étendu ses lignes outre mesure au lieu de les concentrer, avait négligé de s'assurer de Vérone alors sans défense , n'avait pas suivi les Autrichiens sous les murs de Vicence, et abandonnait cette ville et Durando aux derniers périls.
Vicence est dominée par une série de collines descendant du Tyrol, que l'on appelle Monti-Berici et dont les plus rapprochées sont Bella-Vista, Rambaldo et
Bericocolo. Durando confia la défense de cette importante position au colonel Massinio d'Azeglio, et, en second, au colonel Enrico Cialdini, avec deux bataillons suisses, des volontaires vicentins, et 1 300 hommes de la légion Gallieno. Sur le mont Bericocolo était une batterie de six pièces; à la Rotonda di Palladio et sur la route de Barbarono, la garde civique de Faenza, colonel Pasi, et les étudiants de Rome, colonel Ceccarini; à la porte Padova, la légion du colonel del Grande Romano, composée d'un bataillon de volontaires romains et d'un bataillon de volontaires des ^larclies d'Ancône; à la porte Santa-Lucia, les volontaires du Basso-Reno, colonel Rossi; aux portes San-Bartolo et Santa-Croce, le sixième bataillon de ligne pontifical, lieutenantcolonel Mellara; à la porte Castello, les chasseurs de la ligne. La réserve était formée de deux bataillons suisses, des carabiniers, de la cavalerie et de l'artillerie suisse de campagne. Les voies ouvertes étaient coupées par des barricades; les portes, fortifiées. C'était un ensemble de toutes les forces, de tous les courages, que le devoir et les circonstances avaient concentrés dans cette cité, où les habitants étaient appelés à donner une nouvelle preuve de leur dévouement à la patrie italienne.
À la pointe du jour, dans l'ombre du crépuscule, de la tour la plus élevée, on voyait, sans les distinguer, des masses noires, compactes, s'accumuler, envelopper la ville par toutes les routes, à toutes les portes. L'ennemi débordait. Le feu commence à quatre heures, sur les collines, par une attaque de tirailleurs. La colonne commandée par Culoz s'élance avec impétuosité vers les hauteurs, qui sont défendues avec une égale vigueur, Wratislaw se précipite sur la Rotonde , mais vainement;