‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 148 sur 209 · CHAPITRE ONZIÈME. 37i · texte numérisé non relu

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sur lui d'arborer la bannière blanche. A cet aspect sinistre, naît du désespoir une crise terrible : les cœurs se révoltent; des transports de colère s'emparent des esprits; les volontaires, les habitants préfèrent mourir. La bannière, crihlée de balles, tombe; et le feu recommence partout avec rage. Mais Durando voit le danger certain, la défense impossible. Il peut encore sauver la ville et l'armée d'une destruction complète ; il accepte la responsabilité de la capitulation, fait relever la bannière blanche, et envoie des parlementaires au camp ennemi.

Les Autrichiens ont admiré la valeur avec laquelle Vicence, ville ouverte, a été défendue, pendant seize heures, contre des forces si supérieures; ils redoutent une diversion de l'armée piémontaise sur Vérone, et sont pressés de conclure : ils accordent les conditions les plus honorables. Le traité est signé à six heures du matin, le 11, au nom du général Durando, par le colonel Albéric; au nom du maréchal Radetzki, par le lieutenant général de Hess : « Les troupes pontificales sortiront de la ville, avec tous les honneurs de la guerre, pour se rendre au delà du Pô ; l'engagement est pris par elles de ne pas servir contre l'Autriche pendant trois mois. Le général Durando recommande vivement les habitants de la ville et de la province au maréchal , qui promet de les traiter, sous le rapport des événements passés, d'après les principes bénévoles de son gouvernement, n

A l'heure dite, les troupes pontificales et les bataillons de volontaires , drapeaux déployés , tambours battant, sortirent de la ville entre les cohortes autrichiennes. Les membres du comité de défense, un

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nombre considérable de Vicentins nicMés aux rangs italiens, mornes et désespérés, abandonnèrent la ville qu'ils avaient sanctifiée, aimant mieux fuir leurs propres foyers que de retomber sous la servitude étrani^ère. L'armée autrichienne, qui avait combattu avec grand courage , donna des témoignages de respect au courage qui avait succombé.

Le soir même , la brigade Culoz et le premier corps d'armée s'empressaient de regagner Vérone ; le second corps resta à Yicence. Une colonne de dix compagnies de la réserve , malgré les etîorts héroïques des montagnards qui ont tenu longtemps les communications interrompnes, a attaqué et pris Cadore, centre principal de l'insurrection. Le 9 juin, d'autres colonnes, expédiées pour étouffer la résistance dans la vallée de la Brenta, se sont rendues maîtresses de la route entre Bassano et Trento ; mais un bataillon autrichien descendu du Tyrol par la vallée d'Arsa, subitement attaqué dans sa marche, a été obligé d'etrectuer une prompte retraite. Pour réparer cet échec , une brigade du second corps partit de Yicence, le 1^2, et ouvrit les communicationsavecRoveredo. D'Aspre,s'étant ainsi rapidement assuré de toute la partie supérieure de la Vénétie, marcha sur Padoue et Trévise.

Padoue, grande et riche cité, de 30 000 habitants, est entourée de vieilles murailles et de terrains marécageux. Les habitants et les débris des volontaires romains, réorganisés au nombre de six mille environ., sous les ordres du général Ferrari, pouvaient la défendre

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vinirt-qiiatre heures contre un coup de main, mais non plusieurs jours contre un siège régulier. Cependant le comité provisoire du déparfomeut décrétait, le 12, la résistance et un appel aux citoyeus. Ferrari, mandé à Rome pour faire son rapport sur les défaites de Cornuda et des plaines de Trévise, n'était pas encore de retour. Pepe était arrivé à Rovigo avec les 3 000 hommes restés fidèles après le passage du Pô. Quelques ofticiers romains, délégués par Padoue, vinrent le prier de prendre le commandement d'une garnison disposée à une défense obstinée; mais il était tellement indispensable de consacrer au salut de Venise les forces qui survivaient, et si évident que les laisser dans Padoue c'était les livrer pour le stérile honneur d'une résistance impossible, que, simultanément, Pepe et le gouvernement de la République invitèrent tous les citoyens en état de combattre à se retirer dans Venise, dernier refuge de l'indépendance vénète.

Dans la nuit du 12 au 13 juin, les volontaires vénètes et romains, obéissant à cette double invitation, quittèrent Padoue et Radia. Le même jour, 13, Pepe, avec les siens, s'embarquait à Chioggia pour Venise, où il accepta l'honneur du commandement. Ces cohortes complétèrent la phalange sacrée qui mérita l'admiration de l'Europe.

Le I 4, les Autrichiens entrèrent dans Padoue, dont ils trouvèrent les portes ouvertes, et s'y établirent. Une partie de leur armée s'était également présentée devant Trévise, défendue par Zambeccari et 3 500 hommes. La résistance opposée une première fois avec succès à Nugent donnait l'espérance d'un second triomphe; pensée généreuse, mais non raisonnée, qui porta les com-

battants à ne point céder à l'invita tion du gouvernement vénète de se replier sur Venise. A une sommation de se rendre , ils répondirent par un refus. Pendant douze heures ils soutinrent le feu avec bravoure; mais, pressés par les habitants, indécis, troublés, cernés par des forces infiniment supérieures , ne pouvant plus effectuer leur retraite, ils se virent obligés de capituler, et obtinrent , le 14-, les conditions honorables accordées à Vicence. La perte de Trévise fut d'autant plus sensible aux Vénitiens, qu'ils perdaient avec elle la seule fabrique de poudre du pays.

Tandis que les Autrichiens s'emparaient de Vicence, de Padoue, de Trévise, mettaient hors de combat les 10 000 hommes de Durando et les 3 500 de Zambeccari, et achevaient la conquête des provinces de terre ferme, Charles- Albert, maître des hauteurs de Rivoli, avait disposé son armée pour un coup de main sur Vérone. Cette entreprise, favorisée par un soulèvement des habitants, devait opérer une diversion, et forcer Radetzki à abandonner le siège de Vicence. Le 13 seulement , le roi était parvenu à concentrer l'armée autour de Villafranca, et il se mettait en marche à une heure après midi, poussant l'avant -garde jusqu'à Tomba. Mais là, n'apercevant aucun des signes convenus avec les habitants, apprenant la reddition de Vicence et la rentrée de Radetzki dans Vérone avec 8 000 hommes, il donna l'ordre de la retraite , et reprit ses anciennes positions. Loisque Radetzki vit Charles-Albert revenir ainsi sur ses pas, il fut complètement rassuré sur ses

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