‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 15 sur 209 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

encore les deux aclniinistralions et les deux armrcs. Ils réclamèrent les comptes de finance depuis dix-huit ans, des indemnités pour les ravages causés par les bombardements, et une partie de la flotte. Pourraientils d'ailleurs se confier à la parole d'un roi qui les avait si longtemps opprimés? Us réservèrent au pailement, convoqué pour le 25 mars, le droit de prononcer.

Lord .Minto ayant échoué, les hostilités continuèrent à Messine. Le roi protesta contre les actes du gouvernement provisoire; et la Sicile parla de l'abdication de Ferdinand II en faveur de son fils.

N'était-ce pas la séparation absolue, non de la fédération italienne, mais du royaume de Naples, que rêvaient les patriotes siciliens? La question dès lors devenait une question européenne. La Sicile indépendante ne serait-elle pas dépendante de l'Angleterre?

Le roi de Naples consentit , le 1 2 mars, à l'expulsion des jésuites , qui s'embarquèrent pour Malte sur le Vésu ve .

Dans toutes les villes d'Italie, comme dans toutes les nations de l'Europe, il y eut, en 1 848 , un soulèvement contre ces hommes de la Compagnie de Jésus, dont l'intervention dans la politique n'a jamais cessé. Aux yeux des peuples, ils sont partout où est le despotisme; ils doivent disparaître partout oii la liberté paraît. Auxiliaires des rois absolus, ils sont les adversaires de tout progrès. Ils maintiennent l'ignorance et combattent les lumières. Dévoués au passé , s'ils pouvaient, ils empêcheraient le temps de marcher. Ils ne

connaissent qu'une loi, l'autorité ! qu'une morale, l'autorité! ([u'une foi, l'autorité! Ils soumettent à leur supérieur et leur vie et leur conscience. Ils délèguent à leur ordre leur individualité. Ils ne sont plus ni Français, ni Italiens, ni Espagnols, ni Allemands; ilsnesont plus les fils d'un pays, ils sont jésuites! Ils n'ont qu'une famille, qu'une fortune, qu'un but, la communauté! C'est le communisme dans sa logique rigide, dans sa formule extrême. Ces communistes-là, les rois s'en servent, et ils se servent des rois. L'histoire montre que les rois les ont expulsés quelquefois, et qu'eux aussi ont expulsé les rois. On leur prête des atîiliations infinies, ténébreuses. Le secret dont ils s'entourent les protège et les grandit. Le mystère de leurs œuvres, la terreur qu'ils inspirent, sont, dans leurs habiles mains, des armes qu'ils utilisent. En temps d'orage ils plient comme le roseau , puis ils se redressent comme le chêne; les racines coupées, ils repoussent; les branches dispersées, ils se rejoignent. Ne seraient-ils plus que trois sur terre , ils trouveraient moyen de se rassembler et de se multiplier. Cette colossale puissance effraye la pensée. Ah! c'est qu'ils représentent une idée : le passé! le passé avec ses intérêts, ses préjugés, ses privilèges, ses abus, ses oppressions, ses crimes. A toutes les époques il y aura des jésuites, quoi qu'on fasse; et il n'y aura pour les vaincre qu'une puissance plus colossale encore, les peuples qui représentent l'idée contraire : l'avenir! l'avenir avec ses lumières, ses améliorations, ses dévouements, ses sacrifices. Telle est la croyance des peuples! telle est la loi de l'humanité! telle est la volonté de Dieu.

A Turin , le 2 mars, un soulèvement populaire obli-

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