CHAPITRE ONZIÈME
comme elle l'était sur terre, mais elle bloquait Trieste et la llottille autrichienne renfermée dans ce port. Lorsque les Autrichiens attaquaient les Italiens de tous côtés, les Italiens ne pouvaient-ils à leur tour attaquer les Autrichiens chez eux? N'était-ce point le droit de la guerre? Ils le croyaient; mais, à la première démonstration de la flotte sarde-vénitienne contre Trieste, les consuls avaient protesté. Seul, l'agent consulaire français n'avait réclamé qu'un délai de quarante-huit heures pour sauvegarder les intérêts des nationaux, reconnaissant (( le droit évident du gouvernement sarde d'agir comme il l'entendrait contre un port transformé par l'Autriche en place de guerre >k Les consuls des Etats de la Confédération germanique avaient déclaré « que, Trieste faisant partie de la Confédération germanique, toute attaque contre Trieste serait par conséquent une attaque contre la Confédération ». Sur des sommations aussi positives, les contre-amiraux italiens s'étaient vus dans la nécessité de suspendre les hostilités ; et ils se bornèrent, le II, à prononcer le blocus, à dater du 15 juin pour les navires autrichiens, et du 15 juillet pour les navires des autres nations, conformément aux coutumes de la guerre. La Diète germanique, dans sa soixante -troisième séance protesta contre le blocus même, « comme de nature à violer les rapports pacifiques avec la Confédération germanique, et pouvant amener de sérieuses et déplorables complications ». Ainsi l'Allemagne révolutionnaire épousait à ce point la cause de l'Autriche, qu'elle applaudissait à l'envahissement de l'Italie par l'empire et qu'elle ne permettait aucune diversion de l'Italie contre cette puissance.
Désormais Venise, par ses propres forces, par la fortune de ses habitants, par le sang de ses enfants, par le courage des volontaires accourus à son aide, pourrait-elle délivrer la Vénétie? pourrait-elle du moins se défendre? Les uns doutaient, les autres persévéraient; ceux-là pressaient la fusion avec l'impatience fébrile que donne quelquefois le péril ; ceux-ci commençaient à tourner leurs regards vers la France. Plus que jamais, les républicains ne voyaient dans les défaites et dans les prises de villes que trahison et abandon, et non inaptitude. Dans leur courroux, justifié par les malheurs publics, ils ne cessaient d'accuser le roi plus que les chances de la guerre. A leurs yeux, Charles-Albert avait délaissé l'armée romaine; Durando l'avait livrée. Il leur devenait de plus en plus évident que le roi préparait un traité de Campo-Formio. Le délégué de la Lombardie ne cessait, à son tour, de combattre ces craintes de traité honteux : « Le sort de la Lombardie et le sort de la Vénétie étaient désormais rivés l'un à l'autre. Dans la servitude des provinces vénètes, la Lombardie sentirait sa propre honte et sa propre servitude... »
Un nouveau consul de France, M. Vasscur, était arrivé à Venise le 8 juin, pour remplacer M. Lemperani, qui déjà, au nom de son gouvernement, avait donné les témoignages du plus vif intérêt à cette noble cité. Le choix de M. Vasseur par le ministre des ailàires étrangères était une nouvelle preuve des sympathies de la République française. Son caractère honorable, ses