CHAPITRE ONZIEME
principes démocratiques, sa fermeté, son courage, promettaient à la République vénitienne un concours et un dévouement éclairés. Un brick à vapeur, d'un faible tirant d'eau, le Brasier, commandé par M. Passuma , venait déployer le drapeau français jusque dans le port de Venise, où VAsmodée ne pouvait pénétrer. La France était donc dignement représentée par ses agents comme par ses officiers. Aussi, dès le 5 juin, convaincus que l'Italie ne pouvait se suffire à elle-même, que le concours de la République française était le salut de l'Italie entière, le triomphe de la liberté, le raffermissement du lion de Saint-Marc sur sa base, et la royauté de l'Adriatique rendue à la belle ville aux lagunes, un millier de citoyens remettaient au gouvernement une pétition pour invoquer l'aide de la France. Le 13, un garde national, 31. Lorenzo Organia, provoquait de nouvelles adhésions à ces vœux. L'impulsion était donnée; le gouvernement était mis en demeure de se prononcer. Devait-il résister? devait-il céder?
D'autre part, les partisans de Charles-Albert se passionnaient de plus en plus , et persistaient à soutenir que le recours à un prince italien était plus rationnel et plus national. Ils expliquaient les désastres par le défaut d'unité. La division avait perdu la Yénétie; la fusion la sauverait! Le roi était vainqueur à Goïto, à Rivoli. Les Piémontais avaient montré, en rase campagne, la supériorité de leurs armes sur celles des Autrichiens. La défaite de Radetzki devant Vérone réparerait bientôt les échecs de la Vénétie. La répétition incessante de ces arguments dans la presse, dans les pétitions, sur les murailles, dans les cercles, leur donnait une force sur l'opinion publique.
Manin et Tommaseo inclinaient vers la France. Chefs de la République, obstacles vivants pour la Monarchie, ils voyaient faiblir leur influence. Sans méconnaître leurs services, on paraissait disposé à les oublier. Parmi leurs collègues mêmes couvaient des dispositions contraires aux leurs: quelques plaintes et quelques murmures commençaient à monter jusqu'à eux. Ils subissaient avec grandeur d'àme ces déceptions de la vie politique. Placés entre des opinions contraires, ils remirent au pavs lui-même le soin de prononcer. Ils décrétèrent, pour le 3 juillet, la réunion de F Assemblée nationale, un instant suspendue; et comme Tappel à la France était une question où se trouvait engagée l'Italie entière, ne se croyant pas le droit de parler seuls, ils posèrent nettement la question à l'Italie entière.
Ils s'adressèrent d'abord, le 13 juin, au Piémont. Après avoir remercié le roi du secours de ses vaisseaux et de ses armes, ils le priaient de vouloir bien dire quelles étaient les mesures prises, et quelle réponse ils devaient faire au pays, « qui leur demandait avec inquiétude si le Piémont était en mesure de porter un secours prompt et efficace aux misères communes , et si maintenant il pouvait suftire à une guerre si formidable ». Puis, faisant allusion à un traité de Campo- Formio, ils ajoutaient : « Le peuple de Yénétie, plein des souvenirs d'une immense infortuné, et voyant l'invasion autrichienne s'avancer, sans obstacle, des bords de l'Adige jusqu'ici, ne peut se défendre de l'effroi que lui cause un bruit sinistre , qu'un écho invisible semble multiplier avec malignité. Il s'agit d'un acte tellement abominable et impossible, que nous ferions un crime d'en admettre la supposition. » Pour ranimer