‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 152 sur 209 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

la confiance, consoler les vaincus et maintenir ferme le courage des combattants , ils réclamaient une parole rassurante. Cette lettre ne devait pas recevoir de réponse.

Le 14, ils exposèrent aux gouvernements de Toscane, de Rome et de Sicile, les mêmes raisons et leur adressèrent les mêmes demandes de secours possible. Puis, s'exprimant en termes précis, ils disaient : « Bien des gens de la V^énétie pressent notre gouvernement d'appeler le secours étranger, à d'honorables conditions; mais nous, qui voyons le danger de satisfaire comme de ne pas satisfaire à ce désir, et qui d'ailleurs ne voulons pas décider, de ce coin de l'Italie, une question qui intéresse la commune patrie, nous venons demander à chacun des États de la Péninsule une réponse claire et prompte; claire, car le temps des ambiguïtés est passé; prompte, car la nécessité nous presse. Et nous répétons qu'il ne s'agit pas seulement des provinces vénitiennes, mais peut-être des destinées du pays fout entier pour de bien longues années!... »

Le gouvernement toscan répondit le premier, 1 8 juin : « Le parti auquel voudraient nous pousser plusieurs citoyens de la Vénétie, et dont vous avez refusé d'assumer la responsabilité avant d'avoir demandé aux gouvernements italiens si c'est chose possible que maintenant l'Italie se suffise à elle-même, ce parti est tel qu'il pourrait ouvrir pour elle une nouvelle ère de douleur, d'oppression et d'abaissement. A cette solennelle demande, faite dans un moment aussi solennel, je n'hésite pas à répondre. Oui! l'Italie peut toujours faire par elle-même, et accomplir, sans le secours de l'étran-

ger, l'œuvre glorieuse de sa régénération Nos ressources sont toujours grandes et nombreuses Il me

semble évident que le projet d'appeler l'étranger doit être abandonné, du moins quant à présent, et qu'il faut attendre que les vicissitudes de la guerre, de grands et irréparables désastres de l'armée italienne, aient rendu ce secours indispensable. L'étranger, soyezen sûr, ne se refusera jamais à vos demandes en quelque moment que vous l'imploriez. Il n'accourra que trop vite vous prêter le secours que vous invoquerez... Je vous exhorte ardemment à rejeter un expédient aussi humiliant, aussi périlleux... Qui peut dire que l'Italie, en appelant les Français, au lieu d'avoir un seul ennemi, an seul oppresseur, ne finirait pas par en avoir deux?... Vous parlez de conditions honorables : quand les étrangers occuperont vos provinces et les domineront par la force, qui pourrait donc les obhger à remphr ces conditions, s'il leur plaisait de les violer?... Combien de périls et de maux vous apporterait une intervention étrangère, et combien, en toute hypothèse, il convient au moins de différer le moment de la demander ! »

Une telle lettre n'a pas besoin de commentaires : elle porte en soi et ses explications et ses preuves.

La réponse de Rome, le 21 juin, était plus sympathique à la Vénétie, moins blessante pour la France,

mais aussi nette. « Quant à réclamer les secours

de l'étranger, notre gouvernement ne saurait y voir une proposition, mais plutôt un moyen pour exciter les gouvernements à hâter leurs secours. Il y voit l'expression d'une résolution désespérée que les Italiens n'adopteront jamais, tant qu'ils voudront et seront d'accord pour se suffire à eux-mêmes. »

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