CHAPITRE ONZIÈME
Le président du gouvernenienl de la Sicile, Ruggerio Setlimo, en énonçant le regret profond de ne pouvoir concourir à la défense de Venise et de la cause commune, répondait : « Les Siciliens sont pleinement
convaincus que dans la guerre de la liberté et de l'émancipation de l'Italie, ni l'Italie ni la Sicile ne doivent s'en reposer sur l'étranger; elles ne peuvent s'en fier qu'à elles-mêmes et se suffire à elles-mêmes. »
Avant la réception de ces répliques , Manin écrivait, le 16, à MM. Aleardi et Gor, envoyés de la République
vénète auprès de la République française : « Notre
gouvernement, pressé par un grand nombre de citoyens d'invoquer le secours de la France, ne pouvait à lui seul décider cette grave question; d'abord, pour ne point appeler sur sa tête les imprécations des autres États italiens; ensuite, parce que la seule demande de ce secours pouvait provoquer les Anglais à nous fermer la mer; et enfin, parce que c'eût été Siussi déclarer la guerre au Piémont., que les troupes françaises auraient dû traverser en ennemies. »
Anticipant sur l'histoire pour compléter ce récit, nous laisserons Manin rendre compte à l'Assemblée vénète, dans la séance du 4 juillet, de ses démarches
et de leur motif. « Toute la Vénétie était réoccupée
par l'Autrichien, la seule Venise restant fibre, et encore elle-même était vivement menacée par l'ennemi; il surgit dans la pensée d'un très-grand nombre de citoyens que l'Italie par elle seule ne pouvait suffire à vaincre dans cette guerre. Beaucoup de pétitions furent adressées au gouvernement, par lesquefies on entendait démontrer la nécessité de demander le secours de la France, et on insistait pour qu'il fût demandé. —
Notre frouvernement , toujours constant dans sa résolution de considérer la présente guerre corame guerre italienne y faite par intérêt italien, ne voulut pas assumer la grave responsabilité d'une démarche si importante sans avoir auparavant interpellé les gouvernements d'Italie, afin qu'ils déclarassent si véritablement les forces italiennes pouvaient suffire à l'expulsion de l'Autrichien, et sinon, qu'ils concourussent à demander, au nom commun de la nation italienne, l'alliance de la nation française. — De Sa ^lajesté le roi de Sardaigne, il n'y a pas encore de réponse. Les gouvernements de Toscane et de Rome ont promis de nouveaux secours, suivant leurs propres forces, mais se sont déclarés op-posés à l'intervention française. — Au gouvernement de Naples, à cause de sa condition présente, on n'a pu adresser de demande... y)
Tommaseo, que les désastres ne rendaient pas injuste envers le gouvernement de la République française, racontait plus tard les mêmes faits dans une
invocation à la France, et s'écriait : (f Le remer-
cîment avant la prière!... Le pavillon français Hotte dans l'Adriatique pour protéger Venise et l'honneur de la France!... Les promesses qu'a données à l'Italie le gouvernement de la République, ou bien les honmies influents du moment, n'ont eu ni le caractère ni le semblant d'une tentation perfide; elles ont été toujours subordonnées au besoin bien constaté, à la demande explicite que l'Italie ferait d'un secours. Tant que les Italiens, ou ceux qui parlaient en leur nom, ont cru pouvoir se suffire à eux-mêmes, la France n'a montré nulle envie de s'immiscer dans leurs querelles!... Je ne rappellerai donc à la France ses promesses depuis