CHAPITRE DOUZIEME
Corimii^sioii e\('ciitivc : Laiiiailiiu' tlciii.iiitlc 1 a(ljijiictii)ii ilc 300 000 lioinmos de j»arde nationale mobilisée à i'oifectif de 532 OOl) iiomines; di'libération secrète; politique d'intervention adoptée; discoius de Lamartine à l'Assemblée constituante; offre de l'épée de la France à r Italie; l'Assemldée adopte cette politif[iie : pacte fraternel avec l'Allemafine; reconstitution de la Polojjne indé])endante; libre affranchissement de 1 Italie. — Le Gouvernement provisoire de 3Iilan répond au discours de Lamartine par la destitution de son délégué. — Ijord Palmerston, pour éviter l'intervention française, presse l'Autriclie et le Piémont. — Plan de pacification présenté, au nom de r Autriche, par ^L Ilummelawer. — L'armée autrichienne se retire dans le Tyi'ol, sur les Alpes, si l'armée française entre en Italie. — Abandon de la Lombardie par l'Autriche. — Archiduc en Vénétie, avec administration séparée de l'Autriche. — Palmerston accepte le rôle de niédiateur, mais .seulement avec la concession aux Vénitiens d'une portion de la Vénétie. — Teutatives de conciliation par le nonce du pape reponssées. — Propositions directes du cabinet autricliien au Gouvernement provisoire lombard ; refus du Gouvernement provisoire, qui ne veut pas séparer sa cause de celle de la Vénétie. — Le parlement piémontais prochnne l'union de la Lombardie et des provinces vénètes; Charles-Albert repousse lui traité de (lampo-Formio. — Piégime parlementaire inauguré : à Turin ; à Home. — Division entre Pie IX et son ministère sur le discours d'ouverture ; fausse position du ministère romain. — Parlement de Sicile : élection au trône du duc de Gênes. — Parlement réuni à Naples; nombre insuffisant ; dernière protestation des députés en faveur de la cause italienne; dernière promesse du roi; Constitution napolitaine passée à l'état de lettre morte. — Ouverture des Chambres en Toscane. — Venise : Assemblée des représentants; rapport 3Ianin; Tonnnaseo; Castelli; Paleocapa; Manin sacrifie son opinion à l'union; vote de la fu,sion avec le Piémont; nouveau {jouvernemcnt ; escarmouche des Vénitiens contre les Autrichicus.
Le gouvernement de la République française ne se laissait ni fatiguer ni rebuter par des refus et des répugnances si hautement , si aigrement exprimées. 11 savait le respect dii , malgré ses injustices , à une nation jalouse
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de son indépendance, luttant avec bravoure , versant son sang, épuisant ses richesses pour s'afVrancliir, et ne se sentait pas blessé par ces susceptibilités ombrageuses du patri(jtisnic; il élevait sa pensée au-dessus des vaines considérations de l'amour-propre froissé , persévérait à offrir ses secours, à les préparer, et il attendait; il attendait, sans faiblesse, sans impatience, la main sur l'épée de la France, le jour où la France serait appelée. Par ses soins, l'armée des Alpes était portée à 05 000 hommes, dont 15 000 venus d'Afrique, éprouvés par les fatigues et les combats, campaient dans les déparlements des Bouches-du-Rhone et du Var, prêts à entrer en Italie par le comté de Nice. L'armée régulière, organisée par les soins du ministre de la guerre, François Arago, et de la Commission de défense, composée des généraux les plus distingués , dépassait 500 000 hommes. Le ministre des finances, malgré la crise et la pénurie du Trésor, créait des ressources, ouvrait les crédits nécessaires, et satisfaisait à tous les besoins ; il ne craignait pas d'engager sa popularité, sa responsabilité, dans la demande d'un impôt extraordinaire , pour mettre la République française en état de soutenir l'honneur du drapeau, secourir l'Italie, et défendre la politique généreuse tracée dans le programme du gouvernement. Une flotte puissante veillait sur les côtes de l'Italie, non loin de Venise.
La Commission executive, composée de MM. François Arago, Garnier-Pagès, Marie, Lamartine, Ledru- Rollin, à qui l'Assemblée nationale constituante avait
confié le pouvoir exécutif, le 1 1 mai , avait conservé les nobles inspirations et les traditions patriotiques du Gouvernement provisoire, dont ils avaient été membres. Après avoir formé le conseil des ministres de 3IM. Pagnerre, secrétaire général, Crémieux, Bastide, Casy, Recurt , Carnot, Trélat, Flocon , Duclerc, Bethmont, et Charras, sous-secrétairc d'État, ministre delà guerre par intérim , en attendant le général Cavaignac appelé d'Afrique , elle avait délibéré sur les révolutions accomplies, sur la situation de l'Europe, sur l'Italie, sur les destinées des peuples. Plus que jamais résolue à maintenir les principes du manifeste adressé au monde le lendemain de Février, plus que jamais déterminée à ne déclarer la guerre à personne, mais à protéger les mouvements légitimes de croissance et de nationalité des peuples, si l'heure de la reconstruction avait sonné pour eux, elle avait examiné, nation par nation, la politique à suivre , le devoir à remplir, et les moyens dont la République pouvait disposer. On fortifiait les côtes; les arsenaux étaient en pleine activité ; les fabriques d'armes travaillaient incessamment , les munitions s'entassaient dans les magasins ; les régiments s'organisaient; 532 000 hommes, pour lesquels les crédits avaient été ouverts, ne parurent plus sulfire aux vastes idées du gouvernement. A ses yeux, ce n'était pas l'Italie seule à qui il fallait songer ; il n'était pas un peuple en Europe qui ne cherchât à se créer une nouvelle vie et une liberté nouvelle. La Pologne, la Hongrie, la Bohême , l'Autriche même, la Prusse, le Hanovre, la Bavière, etc., etc., frémissaient impatientes du joug, le brisaient. Mais, exploitant les haines de race, les rois et les princes, conservant la direction et leurs