CHAPITRE DOUZIÈME
armées, précipitaient les nations contre les nations, les armées contre les peuples, et trouvaient dans les révolutions les éléments d'une réaction future. Ils avaient, pour les aider, les passions, les faiblesses, les intérêts, les coutumes , et mieux encore les jalousies de la démocratie , les exagérations du socialisme , et l'effroi qu'elles inspiraient. La Commission executive prévoyait donc un temps ou, tour à tour, les peuples invoqueraient la République française ; et ce temps ne lui semblait pas éloigné.
M. Lamartine proposa la mobilisation de 300 bataillons de mille hommes de la garde nationale ; ce qui élèverait le chiffre réel de l'armée à 832 mille hommes. Derrière l'armée, six millions de gardes nationaux, disciplinés , organisés , devaient rendre la nation française invincible, et lui permettraient d'accomplir son œuvre. Ce projet fut adopté à l'unanimité.
La France était prête. Il était évident que, de toutes les nations, celle qui avait le plus besoin de secours immédiats, c'était l'Italie. M. Lamartine demanda à ses collègues de tenir un conseil secret, pour tracer un plan , qui serait soumis d'abord aux ministres , ensuite à l'Assemblée nationale. Dans deux séances, chacun des cinq membres de la Commission executive exposa ses vues et ses idées.
M. Lamartine aborda la question avec une trèsgrande netteté. Il avait, maintes fois, au nom de la République, offert son aide à l'ItaUe. L'Italie avait rejeté ses offres, et protesté énergiquement contre toute inter-
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vent ion. L'armée sarde et l'armée autrichienne étaient en présence, égales en nombre, l'une plus puissante par Tamour de la patrie, l'autre plus puissante par la discipline. Laquelle des deux arracherait la victoire? Il le disait avec regret : le capitaine était plus habile que le roi. Radetzki triompherait de Charles- Albert! Que fallait -il faire? ^Marcher au-devant de la catastrophe probable! sauver l'Italie malgré elle! donner l'ordre à l'armée des Alpes de passer la, frontière! ou bien attendre le jour de la défaite, jour où la France serait appelée par tous, par les peuples et par les princes? — Sauver l'Italie malgré elle, c'était donner la vraisemblance à ces accusations, si souvent répétées, contre l'esprit de conquête toujours avide et insatiable de la France! — Attendre le jour de la défaite, ne serait-il pas trop tard? M. Lamartine ne pouvait se défendre du désir violent, qu'il avouait avec franchise, de trancher la question sur-le-champ, en donnant l'ordre immédiat de franchir les Alpes. Il y voyait, tout à la fois , le salut de l'Italie , et la sécurité rendue à la France par une diversion heureuse offerte aux passions de la démagogie.
Suivant M. Ledru-Rollin, la République devait son concours à l'Italie et non au roi de Piémont. Si la mission de la République était de venir en aide à la liberté, à l'affranchissement des peuples, elle ne pouvait être de favoriser l'ambition d'un prince. La Lombard ie et la Vénétie, indépendantes de la Sardaigne, avaient ses sympathies profondes; mais jamais il ne se prêtei"ait à la formation d'un royaume de la haute Italie! Il fallait courir au premier appel de la République vénitienne. Mais la Commission executive se compromettrait grave-