‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 159 sur 209 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

ment vis-à-vis du peuple français, et vis-à-vis de l'Assemblée, si elle intervenait pour donner à Charles- Albert et la Lombardie et les duchés. Une République devait défendre les peuples, et non servir à l'élévation d'un monarque. M. Ledru-RoUin penchait vers l'idée de faire passer les Alpes à l'armée, avant d'avoir été appelé, mais avec toute réserve en ce qui concernait le roi sarde.

3IM. Arago et î\Iarie répugnaient à la pensée de pénétrer en Italie avant d'y être appelé. De quel droit intervenir pour des nations contre leur volonté? De quel droit les sauver malgré elles? Faire franchir les Alpes à l'armée malgré les protestations de l'Ralie, ce serait méconnaître tous les principes, et jeter un défi à l'opinion publique en Europe. Quels ordres donner à nos soldats ? Si un simulacre de résistance leur était opposé, feraient-ils feu sur les Italiens, lorsqu'on prétendrait aller à leur secours? Notre premier pas laisserait-il l'empreinte du sang italien? Et si les Piémontais, entraînés sur l'Adige par les nécessités de la guerre, confiants dans la parole française , laissaient devant nous la frontière dégarnie, notre armée irait-elle prendre sa place à côté d'une armée indignée contre nous? Où serait l'accord nécessaire pour le succès ? quelle contenance serait la nôtre? Nous qui protestons contre l'oppression, nous porterions avec nous l'oppression! Le drapeau de la République, au lieu d'être le symbole de la liberté, couvrirait un détestable abus de la force! Les Italiens se trouveraient entre les Autrichiens et les Français , voyant des deux côtés des étrangers , et ne sachant plus où sont les alliés, où sont les ennemis! Et les peuples de l'Europe, que penseraient-ils de cet acte

arbitraire, réprouvé même par les Italiens? Le jour où l'armée française non réclamée passerait les Alpes, l'influence de la Révolution française serait perdue dans le monde entier, et l'honneur de la République compromis ! On aurait mérité l'opprobre parmi les nations, la malédiction de l'Italie! En résumé, si le patriotisme italien s'illusionnait sur ses forces, nous devions le respecter jusque dans son aveuglement. Intervenir sans être appelé, c'était violer la loi et le droit.

M. Garnier-Pagès était frappé par la grandeur de ces derniers arguments. Il y cédait, tout en affirmant la nécessité de faire passer promptement les Alpos à l'armée, dans l'intérêt de la République, de l'Italie, des peuples de l'Europe. La République avait un surcroît de vie et de force qu'il fallait épancher au dehors si on ne voulait pas qu'il la dévorât au dedans. On serait, sous peu, obligé de choisir entre une guerre glorieuse dans les plaines de la Lombardie, ou une lutte sanglante et néfaste à l'intérieur! Le sang versé pour affranchir l'Italie affermirait la République; le sang versé dans la guerre civile l'affaiblirait. Il ne pouvait croire à une opposition sérieuse de l'Italie, lorsqu'on viendrait la sauver. Le passage seul des Alpes par l'armée française ferait battre en retraite l'armée autrichienne, et l'Italie délivrée exprimerait sa reconnaissance et non sa haine. Les peuples de l'Europe verraient que les promesses de la France pour défendre leur nationalité et leur liberté ne sont pas des paroles vaines, mais des réalités! Quant à la crainte exprimée par M. Ledru-Roliin de paraître vouloir favoriser l'ambition de Charles-Albert, M. Garnier-Pagès ne s'y arrêtait pas. La France ne devait pas, ne pouvait pas entrer dans ces détails, dans ces débats

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