CHAPITRE DOUZIÈME
vous-mêmes devant l'autorité de ces noms républicains ; nous avons reçu le conseil, que dis-je? la
supplication de ne pas faire intervenir un soldat français, avant l'heure, avant le moment, avant l'appel, dans la cause de la résurrection italienne dont ils voulaient légitimement avoir tout l'honneur, et dont nous aurions été p;lorieux d'avoir le danger.» (Bravo! bravo!)
M. Lamartine cita les pièces diplomatiques dont quelques-unes ont déjà été reproduites, preuves incontestables de cette politique grande et généreuse : « En voici une autre, dit-il, de l'envoyé de la Lombardie :
« Je vous prie de vouloir bien déclarer demain... » (^ Cette lettre était écrite hier au soir, sachant que je devais parler aujourd'Imi sur les affaires de l'Italie.) « Je vous prie de vouloir bien déclarer demain , publiquement, ce qui est vrai, que nous, moi et le représentant de Venise, nous sommes opposés, par sentiment national, à toute intervention française; que les sympathies de la France étant pour nous, qui avions secoué le joug des Autrichiens, elle serait intervenue, même contre l'avis du roi de Sardaigne , si nous l'avions demandé. Il est par trop cruel d'avoir agi comme nous l'avons fait, même contre notre propre opinion, et d'être continuellement accusés, nous républicains, d'avoir appelé vainement le secours des étrangers, ainsi que le répètent les feuilles à gages du Piémont et les albertistes en masse. »
» Vous voyez que quatre ou cinq des puissances italiennes refusaient également notre concours. J'espère, et nous devons le croire, que l'Italie n'en aura pas besoin; mais que les amis de l'Italie se rassurent , si ce cri de détresse dont je vous parlais tout à l'heure venait
à se faire entendre, si les circonstances le rendaient nécessaire et légitime, la France interviendrait à son mode et à son heure. Dans aucun cas, l'Italie ne retombera sons le joug qu'elle a si glorieusement secoué. (Très-bieu ! très-bien!) Dans aucun cas, la France ne manquera à cette fraternité pour 26 millions d'hommes, qui a été sa loi dans le passé et qui est son devoir pour l'avenir.
» Je ne veux pas m'exphquer davantage aujourd'hui ; j'ai mes raisons pour cela : les événements vous les diront ; mais il y a un mot que je puis dire avec certitude de n'être démenti par aucun événement et pai aucun reproche sorti de l'Assemblée nationale ou du pays; c'est que, soit que la France intervienne, soit qu'elle n'ait heureusement pas à intervenir en Italie, l'Italie sera libre, et la sécurité des frontières françaises sera pourvue. » (Applaudissements.)
La réticence de Lamartine est expliquée par la détermination, arrêtée en conseil secret, par la Commission executive , de franchir les Alpes au premier cri de l'Italie î
Jamais langage plus loyal et plus élevé ne sortit de la bouche d'un homme d'État, d'un homme de génie, au nom du gouvernement de l'un des premiers peuples de l'Europe. Ce discours, cet exposé fidèle, fit sur l'Assemblée une impression profonde. La conviction fut dans tous les esprits. La France ne pouvait ni dire ni faire mieux. Dans cette mémorable séance, la politique étrangère fut examinée sous toutes ses faces. La reconstitution de la malheureuse Pologne, la situation de