CHAPITRE DOUZIÈME
([u'il élail (raccord avec ce que j'avais avancé en ce qui concernait les sentiments de l'Italie seulement; mais qu'il était obligé de considérer la France, et tout ce qu'elle attendait et désirait. Il ajouta qu'il pouvait m'assurer que le gouvernement était sincère dans un désir unanime de ne faire aucune démarche qui ne dût concorder d'une manière permanente avec l'indépendance complète de l'Italie! «
Lord Palmerston, après avoir approuvé ce langage, écrivait, le 8, au vicomte Ponsomby « pour l'inviter à faire connaître au gouvernement autrichien la grande probabilité que, si les affaires ne sont pas arrangées dans le nord de l'Italie , le gouvernement français soit tenté d'intervenir. Votre Excellence requerra sérieusement le gouvernement autrichien , s'il ne serait pas plus politique et plus d'accord avec les intérêts réels de l'empire d'Autriche, qu'il en vînt à quelques arrangements avec le peuple de Lombardie pour les conditions d'après lesquelles cette province serait détachée de sa connexion avec l'Autriche, plutôt que, en vue de succès douteux et d'opérations militaires incertaines, de courir le risque d'amener une armée française dans le nord de l'Italie. »
Lord Palmerston pressait également le Piémont de négocier avec l'Autriche. Il écrivait le même jour, à sir Abercromby, à Turin : « J'ai à appeler votre attention sur la formation d'une grande armée française sur la frontière du côté des Alpes, sur l'ordre du jour publié par le général Oudinot commandant cette armée, et sur le vote de crédit de 86 millions de francs pour le service de cette force. Vous appellerez l'attention du gouvernement sarde sur toutes ces choses, comme l'in-
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tlicalion d'une entrée probable d'une armée française
dans le nord de l'Italie si la guerre continue »
Il recommandait en même temps à sir Abercromby d'engager le Gouvernement provisoire de la Lombardie à entrer en communication avec le comte Hartig, soit pour une annexion modifiée avec l'empire, soit pour une entière séparation.
Le cabinet de Vienne, de son côté, ne cessait d'envoyer dépêche sur dépêche à Londres. Le baron Lebzeltern remerciait, le 14 mai, lord Palmerston « de la preuve non équivoque de l'intérêt avec lequel il avait accueilli la nouvelle du départ du comte Hartig, envoyé en Italie pour négocier avec les provinces insurgées ». Le ministre autrichien énonce le regret que les démarches du gouvernement britannique à la cour de Turin n'aient pu amener une suspension des hostilités « et le désir de rétablir la paix dans un pays où elle ne saurait continuer longtemps à être troublée sans risquer une conflagration générale ».
Le 21 , le même ministre, après la journée du 1 5 mai à Vienne, insiste plus vivement encore... « Il n'y a que la Grande-Bretagne qui puisse nous tendre une main
secourable L'avenir est menaçant. L'Allemagne
s'agite ! en France les partis sont aux prises, et de leur choc peut naître une explosion de nature à mettre en
question la paix de l'Europe Dans un moment
pareil , l'Angleterre peut-elle voir avec indilTérence son alliée la plus ancienne et la plus fidèle s'aft'aisser sous le double poids d'agressions extérieures qu'elle
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n'a pas provoquées, et d'embarras intérieurs qui sont toujours inséparables d'une transformation politique telle que celle que subit en ce moment notre empire?»
L'intérêt va toujours croissant!
In plan de pacification de l'Italie avait été soumis, le 1 2 mai, par l'Autriche à l'Angleterre. Le baron Hummelawer fut envoyé à Londres pour en présenter les bases: il formulait , le 24 , ces considérations : a . . . Dans ce moment où, à l'exception de Venise et de la place de Palma-Xova, nos troupes sont maîtresses de tout le territoire vénitien; lorsque le maréchal Radetzki est sur le point de recevoir les renforts qui le mettront en état d'aller chercher lui-même l'armée piémontaise; que le Tyrol allemand est levé en masse, et le Tyrol italien parfaitement assuré; lorsque vient de paraître l'allocution du saint-père, du 29 avril, qui découvre la perfidie avec laquelle on s'est servi de son nom et de son autorité pour fanatiser le peuple; si, malgré ces circonstances qui sont plutôt en notre faveur, nous avons recours à l'amitié de la Grande-Bretagne, c'est que nous attacherions un grand prix à voir terminer sans délai cette complication.
» Le cabinet britannique doit être informé de la marche des choses en France mieux que nous ne saurions l'être. Nous regardons comme inévitable et peutêtre prochain le débordement de la France. L'invasion de nos États par l'armée piémontaise et par les troupes et bandes du reste de l'Italie est faite pour attirer les Français. Si demain les Français franchissent les Alpes et viennent en Lombardie, nous n'irons pas à leur rencontre, nous resterons d'abord dans la position de Vérone et sur l'Adige. Et si les Français devaient venir
nous y chercher, nous reculerions vers nos Alpes et vers risonzo. Mais nous n'accepterons pas la bataille, nous ne nous opposerons pas à l'entrée et à la marche des Français en Italie. Ceux qui les ont appelés n'auront qu'à essayer une fois de plus de leur domination. Personne n'ira nous chercher derrière nos Alpes, et nous resterons spectateurs des luttes dont l'Italie deviendra le théâtre ' . »
Puis M. Hummelawer, songeant déjà à une union du Piémont avec l'Autriche, d'accord avec l'Angleterre, contre la France, ajoute : « Dans le cas seulement où la complication actuelle serait aplanie sous les auspices de la Grande-Bretagne, // y aurait encore une possibilité de réunir les moyens du Piémont et ceux de l'Autriche dans un système de défense commune contre l'invasion des Français, mais c'est uniquement sous les auspices de la Grande-Bretagne qu'une pareille idée peut être conçue, car ce n'est que la présence et l'autorité du nom britannique qui pourraient nous porter à ajouter foi à des engagements pris par les Piémontais et par les Lombards. »
La communication de M. Hummelawer est le résumé historique le plus fidèle , le plus instructif de la situation : l'armée autrichienne devient chaque jour plus puissante; de la défensive elle est passée à l'attaque; elle est maîtresse de la Vénétie, Venise exceptée. Et
• S'il eût existé la moindre entente entre l'ambassadeur d'Autriche et Lamartine pour l'abandon de la Vénétie à cette puissance, une telle lettre eût-elle été écrite? N'est-ce pas la réfutation la plus absolue de toutes les assertions et de tous les soupçons erronés sur ce sujet?