CHAPITRE DOUZIÈME
cependant l'Autriche implore la médiation de l'Angleterre. Pourquoi ? parce que la Republique française est là, parce que l'armée française est prête à pénétrer en Italie. Si cette armée avance jusque sur les bords de l'Adige, l'armée autrichienne, sans combattre, abandonne l'Italie et se retire derrière les Alpes et l'Isonzo. L'Autriche, pour empêcher l'intervention française, offre les plus grands sacrifices. Elle est même disposée à serrer la main de la Sardaigne enrichie de ses dépouilles, si celle-ci veut se retourner contre la France. Ainsi, la diplomatie le constate, l'Autriche même le déclare : il ne faut qu'un mot, qu'un signe de l'Italie à la France, pour que l'Italie soit affranchie! Ce signe, ce mot, la France l'attend, le désire! l'Autriche le redoute ! l'Allemagne s'en inquiète ! l'Angleterre s'en préoccupe ! et l'Italie le refuse ! L'Italie peut être indépendante après tant d'années de souffrances, d'humiliations, de honte, de servitude! elle peut désormais, sans que le genou du soldat croate pèse sur sa poitrine, respirer l'air pur de la patrie! elle peut, sans que l'épée tudesque s'attache à sa gorge, chanter l'hymne national de la liberté! L'Italie le peut! elle le peut par la France, cette sœur de sang, de race, de langue, de principe, d'avenir; elle le peut, et elle ne le veut pas !
M. Uummelawer, dans son premier mémorandum, se borne à proposer « de constituer la Lombardo-Vénétie en État indépendant, avec une administration et une armée indépendantes, mais toujours sous la souveraineté de l'empereur ».
Lord Palmerston rejette la possibilité d'une telle transaction.
Alors, M. Hummelawer présente un second mémorandum « qui ouvre la seule issue possible à cette
complication, qui, sans l'intervention de la Grande- Bretagne , doit nécessairement se traîner de calamité en calamité, et tinir par l'entrée des Français en Italie ».
« Londres, 24 mai.
« La Lombardie cesserait d'appartenir à l'Autriche, et serait libre maîtresse de rester indépendante ou de se réunir à tel autre État italien de son propre choix. Elle se chargerait, par contre, d'une partie proportionnée de la dette publique autrichienne, qui serait transportée définitivement et irrévocablement sur la Lombardie.
» L'État vénitien resterait sous la souveraineté de l'empereur. Il aurait une administration séparée, entièrement nationale, concertée par les représentants du pays eux-mêmes, .sans l'intervention du gouvernement impérial, et représentée, auprès du gouvernement central de la monarchie, par un ministre qu'elle y entretiendrait, et qui soignerait les rapports entre elle et le gouvernement central de l'empire.
» L'administration vénitienne serait présidée par un archiduc vice-roi, qui résiderait à Venise comme lieutenant de l'empereur. L'Etat vénitien porterait les frais de sa propre administration, et il contribuerait aux dépenses centrales de la monarchie, comme le maintien de la cour impériale, le service diplomatique, etc., en proportion de ses ressources, et prenant pour base que le royaume lombard-vénitien réuni se serait chargé,