‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 166 sur 209 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

SOUS ce titre, d'un payement annuel de quatre millions de florins environ.

» L'État vénitien se chargerait, pour sa part à la dette publique, d'une rente annuelle proportionnée à ses ressources, en prenant ])our base que le royaume lombard-vénitien réuni y aurait participé à raison d'une rente de dix millions de florins par an, et cette rente serait transportée sur le Monte vénitien, de sorte que, ({iiels que puissent être les revirements politiques de l'avenir, l'État vénitien en reste seul responsable.

» Les sommes qui , lors de la révolte de Milan et de Venise, ont été saisies dans les caisses publiques devront être restituées au gouvernement impérial.

» La troupe vénitienne sera toute nationale, quant à son personnel. Mais comme elle ne saurait être d'une force suffisante pour former une armée séparée, elle devra naturellement participer à l'organisation de l'armée impériale , et être placée sous les ordres directs du ministre de la guerre de l'empereur. En temps de paix, elle sera cantonnée dans l'État vénitien, en fournissant un contingent pour le service de garnison à Vienne. En cas de guerre, les troupes de l'État vénitien suivront l'appel de l'empereur pour la défense de l'empire.

» Les frais de la troupe vénitienne seront supportés par l'État vénitien.

» Les relations de commerce entre l'État vénitien et le reste de la monarchie autrichienne, et entre celle-ci et la Lombardie, seront réglées conformément aux intérêts réciproques, et sur la base de la plus grande liberté possible.

» A l'égard du Monte lombardo-vénitien actuel, une

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répartition proportionnée aura lieu entre la Lombardie et l'État vénitien.

» Ce qui, dans l'exposé d'hier, a été dit par rapport aux duchés de Parme et de xModène, trouverait son application à la Lombardie, qui aurait à fournir des dédommagements convenables aux deux ducs, et à leur assurer la possession de leurs propriétés de famille. ))

Cet important document, ici donné in extenso, fut le point de départ sérieux de toutes les négociations présentées à cette époque par l'Autriche.

Sir Abercromby avait écrit à lord Palmerston <( qu'il regardait la renonciation à la Lombardie et à l'État vénitien comme le seul moyen d'éviter l'intervention de la France ». Le ministre anglais communiqua cette correspondance à M. Hummelawer, qui, le 26 mai, lui fit ces objections :

u Quand même l'empereur voudrait y consentir, voici quelques difficultés d'exécution que l'on aurait à rencontrer. Veuillez faire attention à la position géographique des diverses provinces. La partie du Tyrol située sur le versant des Alpes, et qui s'appelle le Tyrol italien, serait entièrement entourée par le territoire lombardo-vénitien. Les gouvernements provisoires de Milan et de Venise déclarent , dans leurs programmes officiels et dans leurs feuilles, que le Tyrol italien, ainsi que le littoral de l'Istrie et de la Dalmatie, qui jadis appartenaient à la République de Venise, font partie de cette Italie dont il s'agit d'expulser les Autrichiens. Ils ont adressé à tous les peuples des appels à la révolte; ils ont suscité des mouvements que nous avons supprimés en Istrie et en Dalmatie; ils ont envahi de tous

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côtés le Tyrol italien les armes à la main. Il est donc évident que nous serions entièrement livrés à leur bon plaisir si nous leur abandonnions l'Etat vénitien.

» L'empereur ne peut pas renoncer à l'État vénitien sans renoncer virtuellement au Tyrol italien. Vous paraît-il, milord, qu'une suggestion pareille puisse présenter des chances de succès auprès du gouvernement impérial? L'empereur est en Tyrol; vous voyez l'enthousiasme qui y a éclaté. Un semblable enthousiasme éclatera dans l'armée, qui exigera à grands cris d'être conduite à l'attaque. Être allé àinspruck est autant que se placer au milieu de l'armée. Voyez les nouvelles de Vienne dans les feuilles de ce matin. Elles sont trèsfavorables à l'empereur et au réveil de l'ordre et de la force dans l'empire. Si l'idée émise par lord Abercromby pouvait trouver place au nombre des chances possibles il y a deux jours, elle ne le peut plus aujourd'hui.

» Cette idée est naturelle aux Italiens, qui aiment à nous croire morts. Nous ne le sommes pas encore ! Je pense que nous verrons sans délai les signes d'une vie effective, signes que, dans l'intérêt de tout le monde, il eût été désirable d'éviter.

» Et si l'empereur, ce que je ne regarde pas comme probable, voulait consentir à abandonner la Lombardie et l'État vénitien, êtes-vous sûr, milord, que la France verra d'un bon œil leur jonction au Piémont ? La marche que l'on semble vouloir suivre est, à mes yeux, beaucoup plus propre à amener la complication française qu'à la détourner. »

Lord Palmerston répondit, le 3 juin, au mémorandum et aux objections de M. Hummelawer, par une

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proposition conciliatrice plus étendue, l'étayant sur les intérêts de l'Autriche même et sur la révélation d'un fait curieux qui s'était passé dans les conférences du congrès de Vienne.

« Avant que le gouvernement puisse prendre part aux affaires d'Italie, il serait nécessaire qu'il en vînt à un entendement avec le gouvernement autrichien , pour les bases sur lesquelles un tel arrangement pourrait être conclu. En examinant ce point, il y a deux considérations qui demandent d'être bien pesées et examinées : la première est de savoir quel serait, dans l'état des choses, le meilleur arrangement pour les vrais intérêts de l'Autriche, et la seconde est de savoir ce qui, dans l'état présent des choses, peut être regardé comme pouvant, en pratique, être atteint à première vue. Il semblerait qu'il serait pour le mieux dans les intérêts de l'Autriche, qu'elle recouvrât la totalité de ses provinces italiennes; mais même si cela pouvait être effectué, n'importe par quel moyen de compression et de persuasion , des doutes bien fondés ne s'élèveraient-ils pas pour savoir si un tel arrangement contribuerait au pouvoir réel et à la force de l'empire autrichien? L'esprit de nationalité est devenu si universel et si fort parmi les Italiens, que garder ces provinces sous sa domination, occasionnerait pour l'Autriche un déploiement des forces militaires et une dépense d'argent pour lesquels tous les avantages de n'importe quelle espèce qu'elle pourrait retirer de l'acceptation de ces provinces ne lui offriraient que des compensations imparfaites. Il est bien reconnu qu'une opinion semblable fut émise par le gouvernement autrichien lui-même au congrès de Vienne, et que c'était contre

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