CHAPITRE DOUZIÈME. 41o
Lord Palmersfon cc'dnit au mouveinenl généial et à la pression de l'opinion publique; ses dispositions devenaient moins hostiles à la cause italienne. Interpellé dans la Chambre des communes , il répondait : « Je remercie l'honorable membre de me fournir l'occasion de répondre par (juelques exphcations précises et catégori(|ues aux bruits absurdes, faux et calomnieux répandus à plaisir sur la conduite du gouvernement anglais en Italie et sur les instructions envoyées par le gouvernement de la reine aux représentants de la reine, au représentant de l'Angleterre à la cour de Naples. (Écoutez!) Ces bruits n'ont pas de fondement. (Applaudissements.) Le gouvernement anglais, signataire du traité de Vienne, qui avait réglé la question des États italiens, n'est pas tenu , en vertu de ce traité, d'intervenir en aucune manière dans les événements qui ont eu lieu dans ces États. (Écoutez !) Quoique le gouvernement anglais entretienne depuis si longtemps, comme on sait, des relations d'amitié avec l'empereur d'Autriche, cependant il ne peut se défendre de vive sympathie pour les efforts (efforts heureux, je l'espère) faits récemment en Italie par le peuple italien, pour se doter lui-même d'un gouvernement libre et constitutionnel. (Applaudissements.; Mais la position naturelle et convenable du gouvernement de la reine touchant les événements des États italiens consiste à n'intervenir d'aucune façon. » (Applaudissements.)
Il insista, le ^0 juin, par une dépêche au vicomte Ponsomby, dans laquelle était insérée copie de la note du 3 remise à M. Hummelawer, pour en faire accepter les bases par le gouvernement autrichien. Il donna, le 28, des instructions conformes à lord Abercromby,
quoique avec peu d'espoir de succès : « ... La seule difficulté pour une fixation finale consistera en la décision à prendre à l'égard des États vénitiens, que l'Autriche voudra garder et que les Italiens voudront libres. Si les États vénitiens pouvaient être laissés à l'Autriche avec le consentement et le bon vouloir du peuple, et avec la perspective qu'ils fussent en possession utile pour l'Autriche, le gouvernement de Sa Majesté, anxieux de voir l'empire autrichien en état et en force, verrait avec plaisir un tel arrangement; mais il est à craindre que la guerre n'ait été poussée trop loin, que les sentiments hostiles de race ne se soient déployés trop largement et ne se soient tro[) profondément enracinés pour permettre qu'un tel arrangement soit praticable. » Lord Palmerston n'acceptait, pour le gouvernement anglais, le rôle de médiateur qu'autant qu'il serait désiré par les parties intéressées... et les parties étaient séparées par un abîme !
Si l'Angleterre ne pouvait parvenir à concilier les Autrichiens et les Italiens, Pie IX n'était pas plus heureux. Le nonce du Pape, M^' Morichini, porta à l'empereur, àinspruck, les vœux du saint-père. L'Autriche offrait la Lombardie; l'Angleterre réclamait la Lorabardie, plus une partie de la Vénétie; Pie IX voulait plus encore : l'abandon complet des provinces italiennes. Certes le succès de la négociation lui eût rendu sa popularité et son influence. Comme souverain pontife , il eût obtenu pour l'Église la concorde et le calme ; comme prince, il eut obtenu satisfaction entière pour
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l'Italie. Aussi le marquis de Pareto priait-il le gouvernement anglais d'appuyer les démarches du nonce. Mais la mission de M**"" 31oricliini fut mal accueillie à Jnspruck. Le baron de Wessenberg adressait, le 1 G juin, à l'ambassadeur impérial, à Londres, pour être communiquée à lord Palmerston, cette dépêche : « ... Cette mission n'est, à ce qu'il paraît, qu'une démonstration qui a été imposée au saint-père par le parti dominant à Rome. M''"' ^lorichini est chargé d'employer tous les moyens de persuasion auprès de Sa Majesté pour l'engager à une prompte pacification,, et d'exposer en même temps que celle-ci serait impossible si l'empereur ne consentait à l'abandon de toutes ses provinces italiennes contre quelque indemnité pécuniaire. Une pareille démarche a le caractère de la dérision ! »
Cette démarche de Pie IX était pourtant bien sincère. Mais, dans la fausse situation où il s'était placé, personne ne voulait plus prendre au sérieux ni ses actes ni ses paroles.
Tandis que le gouvernement autrichien dédaignait une semblable proposition, lord Abercromby écrivait à lord Palmerston, le 18 juin, « qu'il savait, par une conversation avec M. Ricci , sous-secrétaire d'État des affaires étrangères du Piémont, que le principe de la médiation papale était l'évacuation complète et entière des provinces italiennes par l'Autriche, et que le gouvernement sarde n'était disposé à écouter aucune proposition qui n'admettrait pas une telle base ».
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M. Hummelawer, de retour à Inspruck , ne laissa à son gouvernement aucun espoir d'o-btenir, dans les "vi. 27
limites du mémorandum, l'appui de l'Angleterre. L'empereur songea alors à s'adresser directement à la Lombardie, dans le dessein de lui faire déserter la cause de la Vénétie, en faisant briller à ses yeux la reconnaissance de son indépendance absolue.
Le baron de Wessenherg au comte Casati.
« Iiispruck, le 13 juin J848.
» Sa Majesté Impériale et Royale, guidée par des sentiments d'humanité et de paix, désire vivement voir mettre bientôt un terme à la guerre qui désole les provinces italiennes.
» A cet effet, je suis autorisé à ouvrir avec le gouvernement provisoire établi à [Milan une négociation qui serait basée sur la séparation et l'indépendance de la Lombardie. Le gouvernement de Sa Majesté Impériale et Royale n'y attachera que des conditions inévitables, lesquelles comprendraient principalement le transfert d'une partie proportionnelle de la dette de l'empire d'Autriche à la charge de la Lombardie, plus un règlement qui assurerait certains avantages au commerce autrichien, et quelques stipulations par rapport aux propriétés particulières de la famille impériale et aux pertes qu'ont éprouvées les employés militaires et civils à la suite des derniers événements.
» Vous voyez, monsieur le comte, que j'aborde, dès le commencement, la question avec toute la franchise possible.
)) Je vous informe en même temps que Sa Majesté Impériale vient de donner des ordres pour la conclusion d'un armistice auquel le Gouvernement provisoire aimera sans aucun doute à concourir.