‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 171 sur 209 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

de ses places à la cour, dans l'administration, dans l'armée , en se mêlant à la noblesse lombardo- vénitienne? Les commerçants turinois ne seraient-ils pas lésés dans les ventes quotidiennes, ordinaires à une ville habitée par le monarque? La Savoie ne serait-elle pas isolée au milieu de ce peuple italien ; et du moment où elle ne serait plus qu'une contrée éloignée du centre d'une nationalité nouvelle, ses mœurs, son esprit, ses coutumes, sa langue, ne la rattachaient-ils pas davantage à la France? Mais l'élan de tous vers l'affranchissement de l'Italie, la haine contre l'Autriche, l'orgueil de l'indépendance, les sympathies pour les opprimés, les succès de l'armée, la gloire des armes, dominaient les sentiments égoïstes, écrasaient les penchants personnels ; et c'était avec un enthousiasme sincère et une ivresse véritable que la nation votait et célébrait son union avec la Lombardie, avec la Vénétie, sans vouloir en abandonner la plus minime partie aux Tudesques , qu'elle traitait de barbares.

Charles-Albert , à la fin de mai et au commencement de juin, voulait aussi, de bonne foi, sauvegarder la Vénétie, et ne traiter avec l'Autriche que l'ItaHe entière affranchie. C'est incontestable ! Confiant dans ses succès, ambitieux de fonder un royaume de la haute Italie, il repoussait les propositions qui lui étaient adressées par l'entremise des ambassadeurs anglais, et il exposait sa vie pour parvenir à son but. Sans doute, déjà autour de lui quelques esprits, plus politicpies que dévoués, lui faisaient entrevoir les avantages d'un nouveau traité de Campo-Formio *, sans doute , les conseils prudents, timides, égoïstes, soufflaient à son oreille des idées d'abandon et de trahison; "sans doute, les

embarras de sa position , en face d'une armée ennemie grossissant à vue d'œii, devaient, quelques semaines plus tard , faire pénétrer dans son âme des faiblesses et des pensées funestes envers la Vénétie. Mais alors, il était résolu, tout autant qu'il était permis à un caractère indécis, à ne rien céder de la patrie italienne. Il le disait, il le pensait, il le voulait! les pièces diplomatiques en fournissent les preuves.

Enfin, pour compléter le tableau si instructif des négociations, des intentions de chaque prince, de chaque peuple, il faut examiner rapidement deux objections absolument opposées, adressées, l'une, au Gouvernement provisoire et à la Commission executive de la République française ; l'autre , à Lamartine.

En 1849, dans une séance de l'Assemblée constituante , un orateur, ancien ministre, reprocha aux deux premiers pouvoirs républicains la faute grave «.d'avoir fermé l'oreille aux propositions de l'Autriche vaincue , qui leur offrait l'affranchissement de la Lombardie, l'annexion au Piémont, l'indépendance de la Vénétie, un archiduc pour chef, des institutions libérales, une armée vénitienne, des finances vénitiennes... défaire de la Vénétie une autre Toscane... » L'orateur en appela à l'histoire. L'histoire lui répond par les nombreux documents cités, qui prouvent clairement que le seul point sur lequel les cabinets d'Angleterre, d'Autriche et de Sardaigne se trouvèrent d'accord, fut précisément le rejet de l'intervention de la République française, et que, par conséquent, jamais le Gouverne-

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