‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 172 sur 209 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

ment provisoire ni la Commission executive ne furent mis en demeure de se prononcer sur les propositions de l'Autriche , repoussées d'ailleurs par Charles-Albert et par lord Palmerston.

Relativement à l'objection faite à Lamartine qu'en dehors du Gouvernement provisoire il aurait néjïocié avec l'Autriche, nous avons rapporté sa protestation à la tribune, le ':23 mai, contre une telle imputation. En effet, si Lamartine eut été d'accord avec l'Autriche, il n'était pas besoin qu'il demandât à la France une armée de 530 000 hommes et la mobilisation de 300 000 gardes nationaux, pour exiger de l'Autriche ce qu'elle offrait par un traité qu'elle priait instamment l'Angleterre de faire accepter au Piémont. L'erreur dans laquelle on est tombé provient de ce que Lamartine, après sa sortie du pouvoir et la défaite du Piémont, a déclaré acceptables des propositions semblables à celles que d'autres lui reprochaient d'avoir refusées : la délivrance de la Lombardie , la constitution de la Yénétie en État indépendant comme la Toscane , avec un archiduc et une charte italienne libérale , si les peuples de ces deux contrées y adhéraient. Mais cette pensée est une pensée individuelle, postérieure, qui ne fut jamais soumise au Conseil, parce qu'il n'y eut jamais lieu à la discuter, alors surtout que l'on croyait à la chute de la maison d'Autriche. Depuis, Lamartine a eu son opinion comme Ledru-Rollin la sienne. Celui-là a pu désirer une transaction, celui-ci l'affranchissement absolu de l'Italie sous la forme républicaine, sans concession aucune ; mais la vérité est que ces questions ne fuient jamais traitées en Conseil, et qu'il y eut accord unanime pour la délivrance complète de l'ItaUe.

Tandis que le peuple italien versait son sang sur le champ de bataille, le régime parlementaire s'inaugurait à Turin , à Rome , à Florence.

Le 8 mai, date célèbre dans les annales sardes, l'ouverture des Chambres avait eu lieu à Turin. Le prince de Carignan, lieutenant général du royaume, avait prononcé un discours de circonstance, vivement applaudi, quoiqu'il n'eût pas et ne pût pas avoir une haute portée en l'absence du roi. Le lendemain on avait commencé la vérification des pouvoirs et l'organisation des bureaux. Gioberti avait été élu président. L'attention publique était absorbée par les succès et les revers des armées. Les débats ne captivaient l'opinion que les jours où se votaient les annexions de provinces. Le sentiment national savourait avec joie ces prémices de l'unité .

Les premiers actes du régime parlementaire se ressentirent du peu d'habitude que les députés avaient du maniement d'institutions nouvelles pour eux. Cependant les exemples des Chambres anglaises et françaises leur servaient d'enseignement, de guide, et ce fut avec assez de facilité que se formèrent les orateurs et les coutumes constitutionnelles. La liberté grandit, élève ses apôtres. Les révolutions enfantent le génie. Les premiers votes importants de ce parlement naissant furent des votes de sacrifice , des votes d'hommes et d'argent. Le peuple payait volontiers son tribut aux nécessités de l'Italie. Il possédait ses droits, il accomplissait ses devoirs. Ce n'était plus, comme autrefois, l'impôt prélevé

Page 1