‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 174 sur 209 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

ne pouvait croire à la fortune adverse : on accusait le général d'incapacité, de trahison ; on reprochait à Pie IX des désaveux qui avaient affaibli l'armée ; on s'emportait jusqu'à vouloir violer le pacte signé ; on décrétait le droit de cité pour les Suisses qui avaient valeureusement combattu ; on votait une armée de 2i- 000 hommes, qu'il n'était pas possible de recruter, et des subsides, avec des caisses vides. La tristesse était dans toutes les âmes, la défiance dans tous les esprits ; aussi, l'anniversaire de l'élection du pape fut froidement célébré. La procession du peuple au Quirinal fut peu nombreuse et la dernière.

Le ministère se débattait dans le trouble : contesté et désavoué par Pie IX, discuté par certains députés, applaudi et blâmé par les cercles, tiraillé par le peuple, il cherchait vainement à consolider une position sans cesse chancelante. Un jour, il apprenait, par une lettre chiffrée du cardinal Soglia, interceptée, que l'ordre était donné au nonce de ne tenir aucun compte des avis ministériels; un autre jour, le pape déclaiait qu'il ne pouvait tolérer la séparation des affaires étrangères séculières des affaires étrangères ecclésiastiques; enfin Pie IX laissait , à tout moment , percer devant ses familiers sa répugnance pour les ministres.

Un incident plus grave se manifesta , lors de la présentation de l'adresse par les députés. On lisait dans cette adresse, qui reproduisait les sentiments du programme : « ... Il est digne du ministère sacerdotal et convenable à votre esprit céleste de prononcer, entre les parties conlendantes, une parole de paix fia nationalité italienne en étant le fondement et le principe) ; mais repoussant toute imitation des stipulations de

Gampo-Formio , nous pensons que le peuple romain ne doit pas, ne peut pas, déposer les armes avant que la patrie commune ait reconquis ses limites naturelles. »

Dans sa réponse le pape dit : «... Si les vifs désirs se multiplient pour la grandeur de la nation italienne, il est nécessaire que le monde entier connaisse de nouveau que le moyen de l'obtenir ne peut être , pour notre pari, la guerre. Notre nom fut béni par toute la terre pour les premières paroles de paix qui sortirent de nos lèvres; certainement cela n'aurait pu être s'il en était sorti des paroles de guerre, et ce fut pour nous une grande surprise quand nous vîmes les considérations du conseil sur ce point, contrairement à nos publiques déclarations, et dans le moment où nous avions entrepris de traiter de la paix... »

Le pape avait lu sa réplique sans la communiquer aux ministres; c'était une réfutation du programme rédigé par Mamiani et des idées émises par le Parlement; c'était la confirmation de sa lettre du 29 avril. La position, pour Mamiani et ses collègues, n'était plus tenable. Ils avaient déjà déposé leur démission, qui, de ce moment, resta dans les mains du saint-père. Vainement Pie IX essayait de former un nouveau ministère; il n'y pouvait parvenir. Le célèbre Rossi, venu de France, fut un moment chargé de cette mission. Il échoua dans des démarches faites à regret. Rome resta donc gouvernée par un ministère démissionnaire. De là, des agitations incessantes; les unes pour le saintpère , les autres pour Mamiani ; la ville divisée en deux camps : les cardinaux , le clergé et leur clientèle , le Parlement, la garde nationale, les cercles et le peuple; les provinces incandescentes; l'anarchie partout. Ainsi

CIIAPITRK DOUZIÈME. 433

Pie IX, qui rêvait le repos, semait le trouble; qui prêchait la paix, vivifiait la guerre ci\ile; qui aspirait à l'union des citoyens, faisait naître la discorde; sans le savoir, sans le vouloir. A travers ces écueils, le Parlement poursuivait lentement et tristement la mission que la nation lui avait confiée.

En Sicile, le Parlement, après avoir prononcé la déchéance de Ferdinand et de sa dynastie, voulut favoriser le soulèvement qui, dans les Calabres, suivit la journée du \o mai. Il y envoya une légion armée; cette entreprise ayant échoué, il ne dut plus songer à l'attaque, mais à la défense. Privé de fabriques d'armes, déshabitué du service militaire, dénué de ressources, le pays était sans forces suflisantes. Les Siciliens assiégeaient vainement la citadelle de Messine, restée au pouvoir des troupes royales. Le patriotisme se brisait impuissant devant une résistance régulière. Il eût fallu organiser une armée; on ne put organiser que la garde nationale. Il eût fallu une énergie soutenue, une vigueur surnaturelle; on le voulut; l'action manquait. Le Parlement, divisé en fractions de droite, de gauche et de centre, délibérait au lieu de donner l'initiative, créait une Constitution, cherchait un roi; tandis qu'il n'eût dû avoir qu'une pensée : faire de la Sicile une île imprenable. Le gouvernement, absorbé par les discussions de tribune, ne donnait pas l'élan. Ferdinand couvait sa proie, préparait, entassait ses forces.

La Constitution fut proclamée le 1 0 juillet ; elle établissait une monarchie entourée d'institutions républi-

Page 1