CHAPITRE TREIZIÈME. ioS
Radetzki avait balayé la rive gauche devant lui. Mais il avait laissé échapper les 15 000 hommes de Sonnaz, qu'il eut pu écraser. L'attaque de Thurn, dit l'historien militaire Pisacane, fut prématurée; elle obligea les Italiens à se retirer de la Corona et de Rivoli, et à se concentrer, tandis qu'ils auraient pu y être coupés et cernés. Suivant d'autres, la poursuite de Radetzki fut trop lente, trop tardive; il laissa, sans la poursuivre, la division entière s'éloigner et passer sur la rive droite.
Radetzki ordonna, le 24 au matin, le passage du Mincio. Il n'avait devant lui que la division Yisconti à Yallegio, à Borghetto, à Monzambano. Yisconti, avec ses trop faibles ressources, abandonna A'allegio, pour essayer de garder les ponts de Borghetto et de Monzambano. Après avoir tenté une résistance inutile, il céda aux masses ennemies des positions qu'il ne pouvait défendre. De son côté, Sonnaz voulut se porter à Salionze, pour empêcher les Autrichiens d'y construire un pont volant. Mais, reconnaissant son impuissance, ignorant ce qui se passait au camp de Charles-Albert , il rallia toutes les forces italiennes, et se retira prudemment et habilement à Volta, sur les hauteurs qui dominent le ^lincio plus bas que Yallegio. Il se rapprochait ainsi de Goïto, et sur l'autre rive de Roverbella, de Marmirolo, et de l'armée qui entourait Mantoue.
Radetzki se borna à occuper tous les passages du Mincio depuis Salionze jusqu'à Yallegio, l'armée autrichienne faisant sa conversion sur Mantoue, l'avantgarde devenant l'arrière-garde, Yallegio et Custosa formant sa ligne en avant.
454 LA RÉVOLUTION DE 48i8 EN EUROPE.
Charles-Albert reçut, le ;23, à Marmirolo, les premières nouvelles de la retraite de ses troupes. Sur-lechamp il donna ordre à 221 000 hommes de se mettre en marche sur Villafranca, rappela de Governolo les 5 000 hommes qui devaient tardivement arriver, et laissa les troupes qui étaient devant Mantoue. Dans un conseil de guerre, tenu le 24 au matin, le plan fut promptement arrêté : prendre l'armée autrichienne à revers, la séparer de Vérone, l'attaquer à Vallegio, à Custosa, à Somma-Campagna, se rendre maître de ces points importants, la rejeter sur la rive droite, la combattre à outrance, l'anéantir ou la forcer à capituler. Ce plan devait réussir, si le roi appelait toutes ses forces laissées autour de Mantoue. Si Sonnaz, prévenu à temps, pouvait accourir, le roi devait, à son tour, surprendre et envelopper Radetzki. Bava fut chargé du commandement.
Le 24, à deux heures de l'après-midi, le mouvement de l'armée, rassemblée à Villafranca, s'opère avec ensemble et célérité. Neuf mille hommes, sous les ordres du duc de Savoie, s'avancent contre Custosa; le duc de Gênes, avec 5 000, contre Somma-Campagna. Cinq mille sont placés en réserve; deux mille restent à Villafranca à la garde du camp. Les Italiens s'élancent, enlèvent les hauteurs aux Autrichiens surpris. Un combat acharné se livre dans la vallée de Stafallo , située entre Custosa et Somma-Campagna , où la brigade Simbschen résiste avec vigueur. Après des efforts extrêmes, elle est coupée, dispersée. Douze cents pri-
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sonniers, deux bannières, 500 morts, restent au pouvoir des Italiens. Le reste se retire en désordre sur le gros de l'armée. Le duc de Gênes s'est également emparé de Somma- Campagna; une partie des troupes ennemies qui s'y étaient portées dut se réfugier dans Vérone. Ce succès avait enflammé l'armée, et donné au roi l'espérance d'une victoire complète. Il voyait déjà l'ennemi refoulé le lendemain sur le Mincio , séparé de Vérone et mis en pleine déroute.
Bava donne ses instructions pour le 25 au malin, afin d'achever l'œuvre. La brigade Aosta s'avancera directement contre Vallegio, pendant que la division du duc de Savoie, des hauteurs qui dominent Stafallo, rejoindra obliquement en suivant les collines. La quatrième division, sous les ordres du duc de Gènes, descendra de Somma-Campagna à Oliosi, pour attaquer le pont établi à Salionze par les Autrichiens. L'armée sarde devra donc pivoter sur Vallegio. Bava fait prévenir Sonnaz de favoriser ce plan par une diversion sur la rive droite.
Le défaut de ce plan était d'appuyer le mouvement de conversion de l'armée sur un point occupé par l'ennemi. Bava crut pouvoir y obvier en portant brusquement ses efforts sur Vallegio. Vallegio enlevé, la victoire devenait certaine.
Radetzki aperçoit le danger; il saisit, avec une admirable sagacité, l'ensemble de ces projets. Si le roi a rassemblé toutes ses forces , un grand désastre le menace. Soudain il donne ses ordres et prend ses dispositions. Il rappelle les troupes qui ont passé le iMincio; ne laisse que des détachements suffisants pour garder les ponts à Salionze et Monzambano; renforce la division
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qui défend Vallegio et Borghetto; place d'Aspre en face de Somma-Campagna et de Custosa, et la réserve à Oliosi ; fait entourer Peschiera par les troupes de Thuni ; appelle de Vérone une brigade, et de Legnago même des bataillons. Une forte artillerie, savamment distribuée, soutient ces positions diverses.
Le roi, le 25, à neuf heures du matin , sous les rayons d'un soleil brûlant, à la tête de la brigade Aosta, engage le combat par une attaque vigoureuse contre Vallegio, protégé par de nombreux canons. Une lutte furieuse s'engage; de part et d'antre des actes de bravoure, des morts et des blessés; le succès se balance. Sonnaz, retenu par le mauvais état de ses troupes épuisées par la lutte et les fatigues des deux jours précédents, n'arrive pas. Le duc de Savoie et le duc de Gênes, retardés par le manque de vivres, commencent lentement leur mouvement, et au lieu d'attaquer sont attaqués. Le duc de Gênes, avec ses quatre mille hommes seulement, se concentre à Berettara et soutient le choc avec })ravoure. Trois fois près d'être envahis, les Italiens repoussent les Autrichiens à la baïonnette ! Placé au centre , le duc de Savoie , qui devait , en obliquant , descendre sur Vallegio, réussit un moment à lancer une brigade dans cette direction , tandis que l'autre moitié de ses troupes défend vaillamment Custosa contre d'Aspre. Custosa devenait le point décisif. Le roi se consumait en vains efforts contre Vallegio. D'Aspre se brisait sans cesse contre Custosa ; celui des deux qui l'emporterait déciderait le sort de la bataille. Dans ce moment critique, le roi et le général Bava ne surent pas suffisamment employer leur réserve, soit en l'appelant à leur aide, soit en l'envoyant aux princes qui la