CHAPITRE TREIZIÈME
réclamaient. Il était cinq heures du soir. D'Aspre, plusieurs fois repoussé, redoubla d'ardeur, et parvint enfin à s'emparer des hauteurs de Ciistosa.
Bava, voyant son centre faiblir, se décida à donner le signal de la retraite; elle s'opéra lentement, en bon ordre, protégée par la cavalerie et l'artillerie. L'armée rentra à Yillafranca à huit heures du soir; elle avait perdu 1 oOO hommes. Les Autrichiens avaient éprouvé la même perte. Il n'y eut de prisonniers d'aucun côté. Le roi, les princes, les généraux et les soldats avaient déployé une valeur égale; chacun avait fait son devoir. Les Italiens avaient eu beaucoup à souffrir de la privation de vivres. De 70 000 hommes qui composaient l'armée , 22 000 seulement avaient été mis en ligne. Radetzki, maître du champ de bataille, ne jugea pas opportun de poursuivre l'ennemi.
Le combat de Custosa devint plus fatal à l'armée italienne par les conséquences de l'échec que par l'échec même. Les Piémontais, jusque-là supérieurs dans toutes les rencontres, perdirent la foi qu'ils avaient en eux, et par cela même s'aflaiblirent. Le roi et les généraux, ses conseillers, durent alors gémir sur la faute immense d'avoir disséminé, au delà de toute mesure, leurs bataillons; il était hors de doute que s'ils avaient su mettre en ligne, à Custosa, 50 000 hommes au lieu de 22 000, ils eussent écrasé les Autrichiens et remporté une victoire décisive.
La situation à Villafranca était trop périlleuse. Le roi donna ordre de commencer le mouvement rétrograde. Après un repos de quelques heures, l'armée se
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replia par Roverbella et Marmirolo, sans être inquiétée. Le â6, à midi, toutes les divisions se trouvèrent concentrées à Goïto; celles de Sonnaz et Visconti en avant, celles de Ferrere et Perrone en arrière, près de Mantoue.
Radetzki, reprenant ses premières idées, fit passer le fleuve par son armée, à Vallegio, Borghetto, Monzambano et Salionze, ayant à dos Peschiera, et s' étendant sur le haut Mincio, tandis que Charles- Albert occupait le bas Mincio. Par ce double mouvement, l'armée italienne se trouvait placée entre Goïlo et Mantoue, l'armée autrichienne entre Vallegio et Peschiera; chacune adossée à une place forte ennemie.
Sonnaz, induit en erreur par un ordre mal tracé, avait, à grand regret, quitté la position de Yolta, qui, nous l'avons dit, domine une chaîne de collines, le long de la rive droite du Mincio. Yolta, situé entre Vallegio et Goïto, était devenu la clef de la situation; aussi Radetzki s'en était rapidement saisi. Charles- Albert et Bava regrettaient de ne pas l'avoir conservé. Ne voulant pas laisser aux Autrichiens le temps de s'y fortifier, le roi donna mission à Sonnaz de le reprendre.
Le soir même du 26, à la nuit tombante, Sonnaz arrive au pied de la colline de Volta, défendue par la brigade Lichtenstein du deuxième corps. La brigade de Savoie monte intrépidement à l'assaut, et, bravant la mitraille, fondant sur l'ennemi à la baïonnette, parvient jusque sur la hauteur et s'empare de quelques maisons. La nuit est venue; le feu des mousquets et de l'artillerie éclaire seul le combat. C'est une lutte corps à corps dans les ténèbres ; mêlée confuse , atroce , où l'on ne reconnaît plus ami ni ennemi. D'Aspre envoie renforts sur renforts, et Radetzki prépare toutes ses