‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 185 sur 209 · CHAPITRE TREIZIEME. 4o · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME. 4o

forces. Sonnaz se voit obligé de reculer. La brigade de la reine arrive tardivement. Les Italiens remontent et se précipitent sur l'ennemi. Mais le roi, au lieu d'accouiir avec toute son armée, n'a envoyé qu'une division. Devant le nombre, les ellbrts des Italiens viennent échouer. Après un carnage effroyable, les Piémontais sont contraints de rétrograder. La cavalerie autrichienne veut les poursuivre et les mettre en déroute; mais la cavalerie italienne, qui s'était admirablement battue dans toute cette campagne, protège la retraite par une charge brillante. Deux mille Italiens et Autrichiens restèrent sur le champ de bataille.

Le combat avait été glorieux, mais la défaite fut accablante. La démoralisation s'empara des plus braves; il y eut des défaillances pitoyables et des désertions criminelles; l'intendance, mal organisée, laissait l'armée manquer de vivres; les soldats épuisés ne pouvaient réparer leurs forces; les distributeurs se sauvaient eifarés; le désordre régnait partout. Devant des esprits terrifiés, Radetzki apparaissait menaçant avec son armée victorieuse. Des plaintes, des gémissements! spectacle effroyable des misères humaines! les figures étaient sombres, les cœurs désespérés; les prisonniers mêmes, résultat des succès, devenaient un embarras, et semblaient une raillerie du destin. Les généraux ne savaient comment justifier leurs revers : ils maudissaient l'intendance, s'accusaient réciproquement de fautes commises et non commises, et subissaient les etfets de l'abattement universel.

L'armée, malgré les fuyards, les morts, les blessés, comptait encore 45 000 hommes; l'artillerie de campagne était intacte ; l'artillerie de siège avait été jetée

dans Peschiera. Le roi consulta ses généraux. 11 reçut le conseil de demander un armistice en otTrant de se retirer sur l'Oglio. Le roi accablé s'y décida. Radetzki répondit qu'il accepterait, en prenant pour ligne de séparation TAdda , avec la cession des places fortes , l'abandon des duchés et la restitution des prisonniers. Charles-Albert, révolté de telles exigences, les rejeta avec colère. Dans la malheureuse situation où il était placé, il eût dû ne pas avoir la fail)lesse de solliciter l'armistice, ou avoir la force de l'accepter. Du moins il ne livrait pas Milan.

YHI

Le roi se retira de Goïto, le 27 au soir. Le 28, il établissait son quartier général à Bozzolo. Là, il publia une proclamation, pour expliquer des désastres dont il rejetait la déplorable cause sur les privations et les souiïrances occasionnées par le manque de vivres. Il annonçait sa demande d'une suspension d'hostilités, et les propositions, repoussées, dont chacun eût eu à rougir. Il appelait entin tous les Italiens aux armes, cherchant, trop tard, à évoquer l'enthousiasme révolutionnaire, qu'il avait tant cherché à comprimer.

Cette proclamation peint toutes les douleurs de l'âme de cet infortuné monarque, toutes ses tortures morales. Lui, qui portait si haut son épée, en être réduit à la baisser si bas! lui, implorant un armistice qu'il avait, quelques jours avant, dédaigné! son armée jadis victorieuse, aujourd'hui vaincue! Aux transports de joie avait succédé le désespoir; aux chants de gloire, les gémissements de la défaite; aux acclamations, les cla-

Page 1