‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 186 sur 209 · CHAPITRE TREIZIEME. 4GI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME. 4GI

meurs; aux vivat, les murmures. Et ces morts, ce sang versé sans résultat, cette couronne si enviée tombée sous les pieds rl'nn Autrichien ! Et cette malheureuse Italie, plus malheureuse encore que lui, que deviendrat-elle? Que va-t-il répondre à ^lilan, à Venise, à Turin? Que dire à ces peuples qui lui demanderont compte de leur avenir flétri, de leur drapeau souillé? Et la France, et l'Allemagne, et l'Europe, contemplant le spectacle de sa ruine! Quelle humiliation! quelle honte! Charles- Albert buvait goutte à goutte son calice d'amertume; il ne l'avait pas encore épuisé!

De Bozzolo , le roi et les généraux se rendirent à Crémone, ou ils arrivèrent le 30. Là, ils ne surent plus la voie qu'ils devaient prendre. Devaient-ils traverser le Pô; se rendre dans les duchés; se concentrer derrière Plaisance , Pavie ; rentrer dans le Piémont en s'appuyant sur Alexandrie? ou se rejeter dans la Lombardie; défendre la ligne de l'Adda, couverte par Pizzighettone et Lodi, mais peu facile à garder pour une armée vaincue? Devaient-ils chercher à couvrir Milan? Le roi se décida à suivre cette dernière route. Le 31 , il quitta Crémone, serré de près par l'avant-garde autrichienne , avec laquelle son arrière - garde échangea quelques coups de canon. Le I" août, on essaya de prendre position sur l'Adda; mais, fatalité persistante ou négligence inconcevable, l'armée manqua encore de vivres et de munitions, et ne put présenter aucune résistance à l'ennemi, qui passa l'Adda le même jour. Une division, qui s'était laissé surprendre, se jeta du côté de Plaisance, se séparant de l'armée.

Le maréchal pensait que le roi se retirerait par Plaisance et Pavie, seule ligne indiquée par la stratégie,

et il avait disposé ses troupes dans cette prévision. Mais dès qu'il connut sa véritable direction, il tourna vers Lodi, où il arriva le 3 août avec trois corps d'armée, et marcha sur Milan. Le quatrième corps s'empara de Pavie.

Milan avait appris les premiers revers de l'armée. La population avait soudain été en proie à tous les sentiments, à toutes les passions qui s'emparent des nations aux jours de leur chute. D'abord surprise, stupéfaction; puis, désespoir chez les faibles, inspirations généreuses et résolutions énergiques chez les forts ! Dans la multitude, de subites espérances et de plus prompts découragements, des doutes et des croyances inimaginables , de sinistres mensonges et de déplorables vérités, des chimères et des perspectives sérieuses; des récits de toute sorte, mille bruits affirmés et démentis, mille rumeurs étranges; enfiu toutes ces vaines apparences dont l'esprit aime à se repaître, et qui un moment jettent un voile sur les malheurs publics, mais qui les rendent plus sombres, plus accablants lorsque le voile tombe et qu'il ne reste plus que la réalité. « On poussa l'illusion, » dit Ch. Cattaneo, «jusqu'à affirmer que l'armée autrichienne, sortie de Vérone, avait été attaquée d'un côté par le roi, de l'autre par le duc de Gènes, qu'elle était déjà cernée et coupée, et que trois de ses généraux avaient été faits prisonniers. » Dans une ville voisine on fit arrêter celui qui le premier annonça la défaite de Custosa. Enfin il fallut bien ouvrir les yeux, tout en cherchant à se rattacher à de dernières illusions.

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