CHAPITRE TREIZIÈME. i
couleurs tricolores flottent aux portes des maisons et (les palais. Milan s'apprête à combattre!
Ces illusions de la dernière licure s'évanouissent au jour. Charles-Albert, ce soldat si plein de courage, a perdu son énergie; l'armée, si vaillante, a perdu sa force. De soixante-dix mille hommes , on n'en compte plus que vingt-cinq mille : infanterie, artillerie, cavalerie. Une division s'est détachée sur Plaisance. Le grand parc d'artillerie a été dirigé sur Mortara. Le reste de l'armée s'est dispersé. Les fuyards couvrent les routes, et sèment partout le découragement et l'effroi. Le service des vivres, abandonné par la plupart des employés incapables ou terrifiés, ne se fait plus ({u'au hasard. Les soldats d'élite, qui ont résisté et se serrent autour de leurs drapeaux, « sont fatigués, épuisés, mourant littéralement de faim, pouvant à peine se tenir debout ». Débris glorieux, accablés par le malheur, triés par les combats, le contact de Milan semble leur rendre la vie. Plusieurs détachements de gardes civiques et de volontaires leur portent la chaleur et l'entrain. Les bataillons recomposés se concentrent, ()rennent position un demi-mille en avant des murailles, et se développent en demi-cercle : la droite appuyée à l'église Rossa et au Naviglio de Pavia ; le centre à Vigentino et à la Gamboloïta ; la gauche près la porte orientale. Les fronts abattus se relèvent devant l'ennemi, qui ne tarde pas à paraître.
Radelzki arrivait, le 4 au matin, avec trente-cinq mille hommes : le premier corps par la route de Lodi ;
le deuxième, en face de Yigentino, suivi par la réserve ; le quatrième était attendu de Pavie. Les vingtcinq mille Italiens adossés à la \ille, ayant derrière eux la population et les secours, pouvaient leur tenir tète ; mais l'armée italienne était dans le triste état que nous avons décrit. L'armée autrichienne était au contraire en bon ordre, ayant abondance de vivres et de munitions distribués régulièrement , fière et forte de ses succès, brûlant de rentrer victorieuse dans cette cité dont elle avait été si misérablement expulsée.
C'est dans ces mauvaises conditions que s'engagea le combat, le 4, vers onze heures, ^es Autrichiens attaquèrent vivement. Les Piémontais se battirent avec cette bravoure qui ne les avait jamais abandonnés et qui avait survécu à leurs désastres. Les citoyens de Milan déployèrent la vigueur de l'homme qui défend ses foyers. De part et d'autre les morts et les blessés tombaient sans que le sort des batailles prononçât, jusqu'au moment où une brigade piémontaise, attaquée de flanc par la réserve ennemie , fut obligée de céder, laissant une batterie et des prisonniers au pouvoir des Autrichiens. Il était trois heures. Les Piémontais se replièrent sous les murs de Milan.
Depuis le matin, le peuple, impatient, exaspéré, réclamait à hauts cris le signal de commencer les barricades et l'appel du tocsin. La commission de défense en avait vainement solHcité l'ordre, dès la veille. Le général Olivieri avait répondu que les barricades empêcheraient la circulation de l'artillerie, et que ces expé-