CHAPITRE TllETZIÈME
dienls de lutte étaient inutiles là où était une armée régulière. Mais, à In nouvelle que l'armée se replie sous les murs, le comité n'hésite plus. Il donne le signal désiré. Aussitôt le tocsin retentit dans toutes les églises; le bruit des tambours se mêle au bruit des pavés qui s'ébranlent, des débris ({ui s'amoncellent, du clioc des armes qui se distribuent. Femmes, enfants, vieillards, travaillent aux barricades. Les gardes nationaux se réunissent dans leurs quartiers, se partagent les munitions, chargent leurs fusils. Souvenir des journées de mars, chacun retourne à son ancien poste de l'honneur et du péril. C'est le délire du patriotisme! Le roi lui-même se sent entraîné, et, ranimé par cette électricité vivifiante, il songe à donner des ordres pour la défense. Des maisons des faubourgs font obstacle au tir des canons, les propriétaires eux-mêmes y mettent le feu, et la lueur de l'incendie, dans la nuit qui commence, annonce les derniers préparatifs d'une résistance suprême.
Il faut songer aux vivres, aux munitions. Le roi recueille des renseignements. Combien de semaines, combien de jours, pour les habitants, pour l'armée? Ici les rapports diffèrent. Les uns ont assuré que la ville était ])ourvue suffisamment; qu'il y avait de la farine pour huit jours, du blé pour quinze, que les environs en auraient fourni ensuite ; que les approvisionnements de carlouches s'élevaient à un million cinq cent mille, qu'une fabrique de poudre dans la cité même permettait un renouvellement inépuisable; qu'on avait donc largement le temps de recevoir les secours du Piémont, de rappeler les dix ou quinze mille volontaires éloignés de Milan , et, au besoin, d'invoquer le concours de l'armée fran-
çaise, campée au pied des Alpes. Les autres ont prétendu qu'il avait été affirmé au roi que les vivres et les munitions ne suffiraient pas pour plus de deux ou trois jours.
Dans cette extrémité, Charles-Albert rassembla un conseil de guerre. Suivant les généraux, Milan ne pouvait otTrir une résistance sérieuse; il était reconnu qu'une armée vaincue sur l'Adice n'avait de point d'appui nidle part en Lombardie. La seule ligne défensive était Plaisance, Alexandrie, Gênes. Une ville ouverte ne pouvait arrêter plus de quarante-huit heures un ennemi puissant, qui ne reculerait devant aucun moyen de destruction. Milan serait donc livré, sans utilité, à toutes les horreurs d'un siège , au sac , au pillage , à l'anéantissement. L'armée italienne sans point d'appui, vaincue de nouveau, laissait le Piémont livré à l'Autriche. Mieux valait conserver à la Sardaigne, à l'Italie, ses soldats et ses dernières ressources, pour un avenir dont il ne fallait pas désespérer. Le roi céda.
La nuit, il envoya les généraux Rossi et Lazzari, en parlementaires, à Radetzki. Les bases d'une capitulation furent arrêtées : la cité serait respectée ainsi que les personnes et les biens; le mouvement de retraite de l'armée piémontaise s'opérerait en deux jours d'étape; la libre sortie serait concédée jusqu'au lendemain à tous les habitants qui voudraient s'éloigner. Le maréchal, de sou côté, occuperait militairement la porto romaine à huit heures, le 6 , et ferait son entrée à midi.
A l'aube du jour, le 5, la garde nationale garnissait les murailles, le peuple gardait les barricades; sur tous