‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 193 sur 209 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

les points on était prêt à connbattre; on attendait, on ('■coûtait. Mais, au lieu du bruit retentissant du eanon , c'est la sourde rumeur d'une capitulation. On s'interroge avec inquiétude, on se dit que le roi a mandé la municipalité pour lui communiquer les résultats d'une née;ociation nocturne, et que les généraux sont en conférence avec le comité de défense, pour lui en expli- (fuer les termes. Les premiers (jui rapportent ces faits ('tranpjes sont maltraités comme des imposteurs; on se refuse à croire de telles accusations, produits de la malveillance. Bientôt on ne peut plus douter. Une protestation , signée par deux membres du Gouvernement provisoire devenu comité consultatif, révèle la dure vérité. Les uns, consternés, donnent, dans leur eftroi, une tacite approbation à ce qui les sauve de l'horreur du sac et du pillage; mais les combattants de mars, les hommes énergiques, sont saisis de colère. Ils poussent des cris de rage et des imprécations, maudissent la fatalité qui les livre, le roi qui les trahit, courent dans la ville en furieux, brandissent leurs fusils, brisent leurs sabres, déchirent leurs vêtements, frappent les murs, gémissent, pleurent, invoquent la mort, crient aux armes, se précipitent exaspérés vers le palais Grippi , où Charles-Albert fait ses préparatifs de départ, détellent les chevaux, arrêtent et brisent les voitures. Les mots de trahison! infamie! mort aux Autrichiens! battons-nous! s'élèvent jusqu'au roi, et l'appellent. Le roi paraît.

Charles-Albert dévore ses angoisses, cherche à dominer le tumulte et à calmer la tempête : il exprime ses douleurs, les cruelles nécessités de la situation, l'impossibilité de la défense; il veut épargner le sang du

l^enple, l'incendie de Milan ; il a fait son devoir de chef et de roi. Ces paroles sont accueillies par des doutes et des murmures, qui frap[)ent Charles-Albert au cœur. (( Eh bien, » s'écrie-t-i!, « si ces conditions ne vous conviennent pas, tachez d'en avoir d'autres qui vous soient pkis utiles, et, si vous ne voulez vous rendre à aucun prix, eli bien, je resterai avec vous, et je m'ensevelirai sous les ruines de votre ville. »

A ces mots, l'irritation s'apaise : ceux-ci, satisfaits, se retirent avec l'espérance d'une guerre à outrance ; ceux-là, plus méfiants, baissent la tête, et ne savent plus que faire et que penser. Une affiche de MM. Litta et Anelli communique au peuple la promesse royale : « Le roi a donné sa parole d'honneur, et offre sa vie en garantie, qu'il combattra avec toute son armée jusqu'au dernier moment. »

Mais le découragement et l'anarchie étaient dans l'armée; les soldats, obéissant probablement à des ordres antérieurs, abandonnaient les boulevards: un mouvement de départ s'opérait. L'archevêque, le podestat et deux autres citoyens, jugeant la défense irapossible, se rendirent au camp de Radetzki et signèrent un nouvel accord établi sur les mêmes bases que celles précédemment convenues, et que ratifia pour le roi le chef d'état-major de l'armée. Ce fut alors parmi la population, cjui voulait combattre, le plus violent désespoir; être livrée aux Autrichiens, aux Croates, lui paraissait plus terrible que la mort. Les officiers, les larmes dans les yeux, cherchaient à la calmer, à la contenir; quelques-uns, en proie à la honte, arrachaient leurs épaulettes; d'autres, entraînés par l'émotion générale, déclaraient qu'ils voulaient se battre et mourir avec

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