‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 194 sur 209 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

le peuple. Tout à coup, comme frappée de verlige, la foule retourne au {)alais, élève des barricades à Tenlour. La nuit , lente à venir, enveloppe de ses ténèbres une scène affreuse : des cris de mort contre Charles-Albert se font entendre; on tire contre les croisées des coups de fusil provoqués par les coups de fusil des serviteurs qui veulent dégager le palais; on tente de pénétrer dans les apparteïnents, on est repoussé; on veut mettre le feu au palais, à la cité, afin de ne laisser à Radetzki que des cendres. L'obscurité permet tous les crimes, mais favorise la fuite. Les troupes étaient loin; A. de La Marmora se fait descendre d'un balcon et revient à la tête d'un détachement de carabiniers et de tirailleurs, qui parviennent à délivrer le roi. Charles-Albert, accablé, torturé, s'éloigne, par la porte Yercellina , avec ses deux fils et l'état-major, entendant retentir derrière lui le bruit des coups de fusil, le son du tocsin, les cris de fureur et de malédiction'

Charles-Albert, quatre mois auparavant, ne songeait à entrer à Milan que pour y recueillir les honneurs du triomphe et les témoignages de la reconnaissance publique, et il n'y était venu que pour assister à un supplice moral atroce.

Le roi, sans doute, eût voulu sauver Milan, comme il avait voulu délivrer l'Italie; mais ses partisans ne purent jamais expliquer à ses adversaires pourquoi il avait pris possession de la Lombardie le 3 août, pour la livrer, dans la nuit du 4, aux Autrichiens. Ce fut une faute grave, qui donna lieu à des accusations souvent répétées de ne s'être emparé de l'autorité à Milan qu'afin de racheter, par la cession de Milan, son armée et son royaume de Sardaigne, et d'avoir préféré re-

mettre à Radetzki la Lombardie, plutôt que de laisser la Lombardie libre appeler à son secours l'armée française.

Après le départ du roi, dans cette fatale nuit du 3 août, ce ne fut plus à Milan que préparatifs de départ. Le G, à l'aube de ce jour de deuil et d'affliction, on vit une multitude innombrable d'habitants se précipiter hors des murailles, avant l'entrée de l'armée autrichienne : des hommes de tous les états, de toutes les conditions, des femmes, des enfants, des familles entières désolées, dénuées de tout, n'emportant que leur désespoir, quelques-unes n'ayant jamais quitté leur ville natale, fuyaient la cité chérie, pour se rendre sur la terre de l'exil. Cette foule consternée épanchait ses souffrances aiguës en gémissements et en sanglots ; elle se traînait sur la poussière des routes sans savoir où porter ses pas et quel serait son lendemain. Les soldats piémontais, qui suivaient la même voie, émus de compassion, (juittaient leurs rangs pour porter les enfants et soutenir les pas chancelants des vieillards. Le martyre de ce peuple épuisé dans la lutte présentait le tableau le plus déchirant.

Pour les habitants qui étaient restés, les douleurs n'étaient pas moins aiguës. A huit heui'es, les Autrichiens occupèrent la porte Romaine. Avis avait été donné de détruire les barricades, de retirer les drapeaux, d'effacer les dernières traces de l'indépendance. A midi, la frayeur avait fait la place nette. Les Autrichiens firent leur entrée, bannières au vent; ils revenaient en vainqueurs dans cette ville d'où le patriotisme

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les avait expulsés, et (jLruiie année n'avait pas su défendre. Les boutiques et les maisons étaient fermées, les rues désertes; innnobiles dans leurs demeures, les citoyens se demandaient si ce n'était pas un rêve affreux qui pesait sur leurs paupières. Les Croates triomphaient ; et Radetzki s'installait au palais en maître absolu. Le droit de la force avait reconquis Milan : les Autrichiens campaient sur les places publiques, les canons étaient braqués contre la cité, la ville était déclarée en état de

siège.

L'armée piémontaise repassa le 6 et le 7, avec une sombre tristesse, le Tessin, que peu de mois avant elle avait franchi avec tant d'enthousiasme. Le silence avait succédé aux chants : plus de brillantes démonstrations; plus de vivat, plus de fêles! les fusils baissés, les drapeaux, déchirés par les balles, inclinés vers la terre ! Cependant sur les fiers visages des soldats , creusés par la fatigue, on pouvait lire que l'espoir d'une noble revanche n'était pas etTacé de leur cœur.

Un traité préliminaire, du 8, permit à chaque soldat italien , régulier ou volontaire , comme à chaque soldat autrichien prisonnier, de rejoindre son corps ou de rentrer dans son pays.

Le 9, une suspension d'armes fut établie sur les bases suivantes :

Article 1". La ligne de démarcation entre les deux armées sera la frontière même des États respectifs.

Art. 2. Les forteresses de Peschiera, Rocca d'Anfo et Osopo seront évacuées par les troupes sardes et alliées, et remises aux troupes de Sa Majesté Impériale. (Sui-

vent des conditions de délai et de restitution de matériel.)

Art. 3. Les États de Modène, de Parme, et de la ville de Plaisance avec son territoire qui lui est assigné comme place de guerre , seront évacues par les troupes de Sa Majesté le roi de Sardaigne, trois jours après la notification de la présente.

Art. 4. La présente convention sera étendue à la ville de Venise et à la terre ferme vénitienne. Les forces de terre et de mer sardes abandonneront la ville, les forts et les ports de cette place pour rentrer dans les Etats sardes. Les troupes de terre pourront effectuer leur retraite, par étapes, sur une route à déterminer.

Art. o. Les personnes et les propriétés, dans les lieux précités, sont placés sous la proteclion du gouvernement impérial.

Art. G. Le présent armistice durera six semaines, pour donner cours aux négociations de paix ; à l'expiration du terme, il sera prolongé de commun accord, ou dénoncé huit jours avant la reprise des hostilités.

Art. 7. Il sera nommé réciproquement des commissaires pour l'exécution plus facile , à l'amiable , des susdits articles.

Ouartier fjéuéral de Milan, le 9 août 1848.

Signé à l'original :

Comte Salasco,

Lieutenant général , chef d'état-riiajor {fénéral de l'armée sarde.

Hess,

Lieutenant général, quartier-maître général de l'armée autrichienne.

Par ordre du roi :

Au quartier {jéiu'i-il de Vi{;evano, le 10 auilt 1848.

Le lieutenant général, chef iV état-major général j,

Salasco.

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