CHAPITRE TROISIÈME
talion nationale, la neutralité des troupes autrichiennes.
Vers midi, le comte Gasati, podestat de Milan, entraîné à la tête d'une foule qui se presse sur ses pas, se rend au palais du gouvernement pour exprimer la volonté nationale. Tout à coup deux grenadiers hongrois, de faction, tombent frappés; les soldats du poste sont désarmés. Le palais est au pouvoir d'une insurrection qui commence. Le comte O'Donnell , chef du gouvernement en l'absence du gouverneur, se trouve prisonnier au milieu d'une multitude qui crie, menace et commande. Le comte pâlit et signe, d'une main hésitante, trois décrets que lui impose, au nom du peuple, M. Cernuschi, jeune homme au cœur intrépide, chefné de la circonstance :
« Le vice-président, vu la nécessité de maintenir l'ordre, autorise la municipalité à armer la garde civique.
» La garde de police remettra immédiatement ses armes à la municipalité.
)) La direction de la police est abolie : la municipalité est chargée de veiller à la tranquillité de la ville. »
Pendant cette première scène du drame qui va s'accomplir, les archives de la police sont déchirées et anéanties. Le comte Casati s'éloigne avec la foule triomphante, pour se rendre à l'hôtel de ville. A la hauteur de la rue du Mont, la fusillade d'une forte patrouille les disperse ; et le comte se réfugie dans la maison Vidiserti, qui devient ainsi, par hasard, le quartier général de l'insurrection.
Le combat est commencé. En un instant, hommes de toutes conditions, de tous métiers, femmes aux rudes labeurs, dames aux mains délicates, enfants même, tous préparent des armes et des moyens de résistance.
Les rues sont dépavées, les barricades dressées. A défaut de planches et de poutres , on y traîne les voilures. On se saisit de tout ce qui se présente. Ceux-ci donnent leurs meubles, le pauvre son lit unique, le riche ses fauteuils dorés. Un fabricant y fait jeter le plus grand de ses pianos. Dans ce moment suprême, chacun apporte à la défense commune sa fortune et sa vie. Radetzki a peine à se sauver de son palais pour se jeter dans le château, abandonnant une partie de ses vêtements et jusqu'à son épée , dont il menaçait les Milanais et qui leur devient un trophée.
Deux millions, déposés dans les caisses publiques, restent au pouvoir des habitants. Radetzki somme la municipalité, parle de mettre la ville à feu et à sang, envoie deux mille soldats sur l'hôtel de ville, où il croit surprendre les chefs du mouvement, fait enfoncer les portes à coups de canon, et retient comme otages un certain nombre de prisonniers, choisis parmi les citoyens les plus honorables. La nuit est employée de part et d'autre aux préparatifs de la bataille.
Le maréchal est maître du château séparé de la ville par une esplanade ; il occupe les bastions qui dominent la ville et la campagne. De là, il peut envelopper Milan avec les deu^ ailes de son armée. Il place une masse de troupes et de l'artillerie à chaque barrière, d'où il lancera ses forces par les rues les plus larges et les plus directes jusqu'au cœur de la cité , où ses soldats occupent la cathédrale, le palais royal, le palais de justice, le palais Marino, la police, l'holel de ville, le génie