CHAPITRE TROISIÈMK
militaire, le commandeinent , plusieurs casernes et arrondissements de police. Des chasseurs tyroliens, postés sur les aiguilles de marbre de la cathédrale, doivent tirer indistinctement sur toutes les personnes qui paraîtront dans les rues ou aux fenêtres des maisons. Les Autrichiens cernent ainsi complètement la ville et empêchent toute communication avec le dehors. Ils ont une puissante artillerie, des munitions de guerre; leur armée est nombreuse et disciplinée; 1 1 ODO hommes au début, ils seront bientôt 20 000, sous le commandement d'un général expérimenté et déterminé.
Les habitants ne peuvent disposer que de trois à quatre cents fusils de tout calibre, dont s'arment les plus habiles tireurs. Disséminés dans des quartiers isolés, sans direction le premier jour, ils ne relèvent que de leur courage. Point ou [)eu de poudre et de balles. La poudre, il la faudra faire! Les balles, il faudra les fondre! Les fusils, il faudra les prendre à l'ennemi î Les chefs de la municipalité hésitent encore entre les moyens légaux et les moyens insurrectionnels, ne donnent aucun ordre décisif, et reçoivent l'impulsion au lieu de la transmettre. Une maison voisine de celle de Yidiserti, plus vaste et mieux située, appartenant au comte Charles Taverna, leur sert de refuge définitif et de centre d'action. Quehiues barricades et quelques jeunes gens avec leurs armes de chasse, voilà ce que les Milanais peuvent opposer aux Autrichiens!
Située au milieu do ces barricades, la maison du consulat de France, devant laquelle Uotle le pavillon de la République française, est pour les combatt:uits un exemple, un encouragement et une espérance. Mais la disproportion des forces est telle qu'un des
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chefs les plus prononcés, Charles Cattaneo, consulté par ses amis la veille au matin, croyait devoir leur conseiller d'attendre d'être mieux armés et mieux préparés, si l'on ne voulait inutilement sacritier une population entière — l'attaque commencée , il était l'un des plus résolus. On pouvait donc craindre que pendant la nuit la comparaison des moyens calmât l'effervescence de la journée et intimidât le peuple. Il n'en fut rien!
Le 19, au point du jour, on entendit le tocsin , le cri : Aux armes! et le bruit du canon. La bataille était réengagée.
Jamais peut-être population ne se trouva dans une situation aussi terrible. Enfermée dans les murailles, la fuite même, en cas de défaite, lui était impossible. Elle ne devait attendre de soldats étrangers et furieux, ni pitié ni merci, mais l'assouvissement de leur férocité par le pillage, le viol et le carnage. Leur chef n'avait-il pas annoncé le sac de la ville, si elle résistait? Et il était homme à tenir parole ! Nulle ressource donc pour la cité si elle succombait. Les citoyens n'avaient à compter que sur leur courage et leur désespoir. Aussi chacun portait au fond de son âme cette résolution sublime : La victoire ou la mort! Moment suprême, heure solennelle. L'historien,qui en retrace l'émouvant tableau sent sa main tressaillir.
Le génie de la déhvrance crée des armes. On dépouille les théâtres et les musées des vieilles escopettes et des épées de parade; les fers des grilles sont aiguisés, les outils plantés au bout des bâtons; les couteaux servent