‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 23 sur 209 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

(le poip;nards ; les femmes font bouillir l'huile et fondre le plomb; les meubles, les tuiles, les bouteilles, les pavés, les vases de toutes sortes sont disposés comme projectiles; les barricades se multiplient; on s'anime, on s'excite ; aucun bras n'est inerte ; les pharmaciens fabriquent la poudre, les capsules, le fulmi-coton; quelques-uns inventent des agents de destruction; les marchands donnent le vitriol (jui doit tomber en pluie brûlante. L'amour de la patrie, la soif de la liberté, transforment les i)lus forts en héros et donnent aux plus faibles des forces inconnues. La Direction de la police, la Place des Marchands, plusieurs casernes, la plupart des monuments occupés par les Autrichiens, sont attaqués vivement et vivement défendus. Les troupes s'avancent dans les rues les plus larges, les balayent par la mitraille, et dirigent leurs canons contre les barricades. Les habitants font pleuvoir sur les soldats les matériaux entassés; les jeunes gens ménagent leurs munitions, et chaque coup porte et délivre la ville d'un ennemi. Le hasard seul dirige les Milanais, l'attaque commande la résistance, le courage désigne les chefs.

Pendant cette journée, l'insurrection n'a pas perdu de terrain; elle s'est fortifiée. Désormais habituée à combattre, le bruit du canon ne lui inspire que le désir de vaincre.

Le 20, la bataille continue avec la même intensité. Le nombre des fusils s'est accru de tous ceux qui ont été arrachés aux soldats. L'ordre commence à s'établir. Un conseil de guerre est organisé : MM. Jules Tersaghi, Georges Clerici , Charles Cattaneo, Henri Cernuschi , vont donner au combat une direction et soutenir de leur ardeur les membres de la municipalité, qui ap-

pellent de nouveaux collaborateurs. A MM. Casati, Borromeo et leurs collègues , viennent se joindre 3IM. Grasselli, le comte Borgia, le général Lechi, A. Porro, H. Guicciardi, l'avocat A. Guerrier! et le comte T. Durini.

Le premier résultat d'une meilleure organisation fut de couper, par des moyens très-simples, les postes autrichiens situés au centre de la ville. Dès qu'ils se virent isolés, privés de communication, les uns comprirent la nécessité de se replier, les autres se rendirent prisonniers. Le détachement qui avait pris l'hôtel de ville, fort de plusieurs centaines d'hommes, après avoir résisté jusqu'au soir, fut réduit à prendre la fuite.

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Restée captive, la famille du baron Toresani Lamenfehi, chef de la police, fut traitée avec les égards les plus délicats. Le comte Bolza, agent fanatique de la police et directeur des massacres antérieurs, n'avait pu se sauver. Dos hommes du peuple étaient venus demander s'il fallait lui accorder quartier dans le cas où on le trouverait. — « Si vous le tuez, » répondirent les membres du conseil de guerre, « vous ferez sans doule une chose juste; si vous ne le tuez pas, vous ferez une chose sainte. » — Le comte Bolza, découvert, fut épargné. — « Citoyens! » disait le conseil dans une adresse au peuple, « que notre victoire reste pure! Ne nous abaissons pas jusqu'à nous venger dans le sang des misérables émissaires que le pouvoir, en fuyant, a abandonnés à votre merci!... Élevez votre dignité à la hauteur de votre courage! Le seul châtiment à leur

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imposer est le mépris. Voilà ce que Pic IX attend de vous! » — Quelques agents subalternes succombèrent dans la lutte. Les employés et leurs familles furent sauvegardés.

La prise de plusieurs postes et casernes fournit des fusils à un plus grand nombiede citoyens. Desofliciers furent faits prisonniers. La résistance opiniâtre des hal)itanls sur certains points, leur atttupie victorieuse sur d'autres, commençaient à démoraliser l'armée. Radetzki envoya un parlementaire proposer à la municipalité un armistice de quinze jours. Y adhérer, c'était se laisser désarmer. La municipalité, dans l'espoir d'un prompt secours des Piémontais, penchait vers cette mesure, qui leur donnait le temps d'arriver. Mais le conseil de guerre, qui représentait le peuple des barricades, n'y consentit pas. Il voulait ne devoir le salut de Milan qu'à Milan même , laisser la Lombardie maitresse de ses destinées. L'odlcier parlementaire, entendant ce noble refus, ne put s'empêcher de rendre hommage à tant de courage : — « Adieu! » s'écria-t-il en se retirant, « brave et courageuse nation ! »

Cette proposition d'armistice devait enflammer les combattants. Elle fut annoncée aux Milanais comme un témoignage de victoire prochaine.

La municipalité décréta l'organisation de la garde civique et confia à des comités la sûreté des personnes, les finances, la guerre, la défense publique, les subsistances.

Les chasseurs tyroliens, dont les coups adroitement dirigés du haut du Dôme faisaient de nombreuses vie-

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times, en ayant été délogés, l'étendard tricolore, hissé dans les mains de la statue colossale de la Vierge qui couronne Tédilice , apparut comme un symbole de rédemption, et fat salué par des cris d'allégresse. Les cloches de la cathédrale gothique mêlèrent le son du tocsin au son retentissant des cloches des autres églises, qui ne cessaient d'appeler la population des campagnes au secours de la ville. Des savants, postés sur les points les plus élevés, munis de lunettes, observaient les mouvements des troupes sur les bastions, ce qui se passait hors des murailles, et transmettaient d'heure en heure des renseignements précis. Il était urgent, pour décider le succès, d'entraîner à une insurrection générale toutes les cités, tous les villages de la Lombardie. Dans l'impossibilité d'envoyer des émissaires hors de IMilan , cerné de toutes parts, on eut l'ingénieuse idée de lancer de petits ballons renfermant des proclamations qui portaient cet appel : « Après deux jours d'une lutte acharnée, soutenue presque sans armes. Milan est encore entouré, d'une masse de troupes découragées, mais toujours formidables. Par celte feuille lancée du haut de nos murs, nous engageons les populations des villes et des communes rurales à prendre les armes et à se former immédiatement en garde nationale pour accourir partout où la nécessité de notre salut l'exigera ! Secours et victoire ! » Le 21 , ces bizarres messagers portaient ces mots : « Frères! la victoire est à nous! L'ennemi ne tient plus que dans le château et sur les bastions. Accourez! prenons entre deux feux les portes de la ville et rejoignons-nous! » — Les soldats croates, surpris de cette poste aérienne , tiraient sur les ballons d'inutiles coups de fusil.

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