‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 24 sur 209 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Quelques-uns de ces ballons tombèrent dans des cantons reculés et au delà même des frontières : en Suisse, en Piémont et dans le duché de Plaisance.

Des milliers de paysans et d'habitants des villes, guidés par des étudiants, des médecins, des prêtres, des douaniers, se dirigèrent sur Milan. Du haut des clochers on apercevait des masses d'hommes déboucher sur les routes, et poursuivre de leur feu la cavalerie. Cinq cents hommes accourus de la Suisse italienne, réunis à la jeunesse de Côme et aux montagnards du lac, firent prisonniers douze cents Croates. Soulevant tout le pays sur leur passage, ils se battirent à Monza, et arrivèrent sous les murs de la ville du côté nord, où ils rencontrèrent trois autres colonnes. L'une avait fait trois cents prisonniers à Varèse; la seconde venait du lac 3Iajeur, échappant aux garde-frontières de Charles- Albert, qui avaient reçu l'ordre de la désarmer; la troisième, venue du midi, était partie des rives du Pô. M. Gui, l'un de ses chefs, tombait sous les bastions de 3Iilan. Trabucchi, père de famille, qui la suivait, fait prisonnier, fut lâchement fusillé à Lodi. Un comité formé à Lecco organisait la Yalteline. Bergame envoyait plusieurs centaines de ses bourgeois et de ses montagnards. Jérôme Borgazzi , inspecteur du chemin de ter de Monza, marchait à la tète de deux mille ouvriers, et bravait la mort en pénétrant dans la ville pour prendre les ordres du conseil de guerre.

Tandis que les secours commençaient à venir du dehors, le nombre des combattants à l'intérieur s'aug-

mentait de soldats italiens déserteurs, qui préféraient mourir pour la patrie plutôt que de contribuer au massacre de leurs concitoyens. Les rangs du peuple comptaient aussi i)aruu ses plus vaillants défenseurs plusieurs gendarmes Jombards, le magnifique corps des pompiers, et toute la garde des finances. Les munitions prises sur l'ennemi devenaient plus abondantes. On se mit à fabriquer des canons de bois, cerclés de fer, pour renvoyer des boulets sur lesquels, par dérision, les Autrichiens avaient imprimé reftigie de Pic IX. On y substitua ces mots : Liberté italienne!

Le quatrième jour, les forces milanaises étaient donc mieux réglées. L'assaut est donné sur différents points avec plus d'ensemble. Le palais du génie militaire est attaqué avec vigueur. Auguste Anfossi, qui commande, frappé d'une balle au front au moment où' il pointait un canon , expire avec la joie de voir ses amis remporter la victoire. Pasquale Sottocorno traverse la place sous une pluie de balles, et, quoique blessé, rassemble ses forces i)0ur mettre le feu à la porte assiégée. Au collège de Sainte-Lucie , aux casernes de San-Francesco, deSan-Apollinare, de San-Simone, de San-Simpliciano, de San-Victore-Grande, de San-Eustorgio, on se bat; et, après des prodiges de valeur, les troupes sont vaincues.

Le conseil de guerre annonce cette série de succès : (( Citoyens! nos avant-postes de la porte Tosa ont été portés jusque dans les jardins du couvent de la Passion , d'où nos tirailleurs commencent à attaquer les bastions. Du côté de la porte Vercellina (côté ouest), une portion de nos braves est arrivée jusqu'aux Grazie. Des aqueducs qui passent sous les bastions ont été desséchés et

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