‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 29 sur 209 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Les habitants des campagnes, surpris par des événements dont ils ne comprenaient pas la portée, étaient restés, les premiers jours, spectateurs de la lutte. Ce n'était que peu à peu que l'amour de la patrie avait éveillé leurs esprits alourdis. Mais les habitants des villes voisines avaient tout aussilôt tressailli aux cris de guerre, de détresse et de liberté des Milanais. Plusieurs cités mêmes s'étaient spontanément levées.

Côme, placé sur les bords d'un lac enchanté, dans un pays de montagnes et de poésie, déchirait, le 18, les proclamations autrichiennes; acclamait la République; organisait, à la lueur des torches, la garde civique; s'emparait du pain préparé pour les troupes; sillonnait le lac de barques pour recueillir les hommes et les armes; se rendait, le 19, maître de la poudrière du Seno ; livrait, le 20, un combat aux troupes dans leur caserne ; remportait une glorieuse victoire, et envoyait à Milan ses volontaires les plus intrépides. Lecco unissait son sort à celui de Corne et joignait ses colonnes aux siennes. Bergame arrachait à larchitluc Sigismond l'ordre d'armer ses habitants; coupait le chemin à I 200 soldats dirigés sur Milan ; les forçait à se défendre dans leurs casernes; se faisait remettre, {)ar l'archiduc, qui profilait de la nuit pour fuir, la promesse de ne plus envoyer de secours à Kadetzki; laissait partir les Croates vaincus, et dirigeait de braves combattants sur Milan. Les villes les plus proches, comme Monza, soutenaient vaillamment la lutte. Chaque bourg un peu considérable opérait son mouvement. Brescia, ville héroïque, forçait

le général Schvvarzenberg à capituler. Crémone entraînait,le bataillon italien Ceccopieri dans la défense de la patrie commune, cernait le commandant autrichien à la tète d'un détachement hongrois, et lui faisait prendre l'engagement de ne plus porter les armes contre l'Italie. Pizzighettone s'emparait de sa forteresse. JManloue arborait les couleurs nationales et obtenait du gouverneur l'organisation de la garde nationale , qui devenait maîtresse des portes de cette ville fortifiée. Vérone, refuge de l'archiduc Régnier à son départ de Milan , obligeait l'archiduc de négocier pour l'armement de la garde civique : le peuple impatient n'attendait plus qu'un signal pour combattre. Le Tyrol italien était en pleine insurrection. Roveredo, le Padouan, le Vicentin, Trévise, Udine, Palma-Nova, avaient pris les armes, et poursuivaient les Autrichiens en fuite.

C'était une levée en masse contre l'oppression étrangère. Tous ceux qui avaient des armes, de la force et du cœur, s'organisaient en bataillons sacrés. Les plus capables, les plus dévoués, prenaient le pouvoir; carie pouvoir, en de tels moments , est un fardeau et un sacritice. La Lombardie, la Vénétie entière semblaient un volcan qui devait engloutir jusqu'au dernier des ennemis.

Partout, malheureusement, l'insurrection n'avait pas un succès aussi décisif qu'à Milan et à Venise. Victorieux sur tous les points, les Italiens n'avaient pas su partout profiter également de la victoire. Lorsqu'au début de la lutte on a vu des hommes tels que Manin et Catlaneo chercher l'heure propice, il n'est pas siirpre-

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nant que d'autres, moins habiles et moins clairvoyants, aient laissé échapper dos occasions qui, saisies à pro- |)()s, délivraient complètement l'Italie. Les concessions, dont l'insufiisance avait décidé la prise d'armes, avaient tempéré l'élan, sans cependant l'arrêter nulle part.

Nul doute qu'avec plus de résolution Brescia n'eût fait prisonniers le général Schwarzenberg et l'archiduc Sigismond, échappés de Bergame. Crémone n'eut pas rendu la liberté au commandant prisonnier. Mantoue eût surpris la forteresse. Vérone enfin, par un heureux coup de main, eût fait captif l'archiduc Régnier et se fût emparée de la citadelle. Deux archiducs au pouvoir des ItaUens, ainsi que plusieurs ofïiciers supérieurs, Vérone et Mantoue perdues, Radelzki était forcé de capituler. Mais, en apprenant que les deux citadelles les plus fortes lui restaient comme point d'appui, il sentit sous ses pas chancelants la terre se raffermir, et il s'écria dans sa détresse : « Tout n'est pas perdu ! »

Les duchés de Parme et de Plaisance accomplirent leur révolution le 20. Les Autrichiens, dont un fort détachement occupait, à Parme, le poste de la Grande- Place, furent assaillis par la population. Leur feu balaya d'abord la place. Mais bientôt les plus résolus des habitants soutinrent le choc, affrontant les canons chargés à boulets et à mitraille , et maîtres des magasins de la douane, où ils avaient trouvé des armes et des cartouches, ils poussèrent l'attaque avec plus d'acharnement.

Le duc, épouvanté par le succès croissant de l'insur-

rection, manda le patriote Cantelli, lui confia le gouvernement, et, se plaçant sous sa protection, publia la déclaration suivante :

« Nous, Charles, etc., désirant nous éloigner de nos États avec notre famille, nous nommons, pour former une régence, le comte San Vitale, le comte Cantelli, l'avocat Maestri, l'avocat Gioia et le professeur Pellegrini; à laquelle régence nous transférons le pouvoir suprême, avec la faculté de donner des institutions, et de prendre les mesures qu'elle croira nécessaires dans les circonstances actuelles. »

Plaisance, le même jour, suivait l'exemple de Parme. *Dans le duché de Modène, la révolution se faisait également le 20 mars, aux cris de Vive la constitution ! Vive la révolution de Paris! Vive la révolution de Vienne! Vive r Italie! Vive Pie IX! Vivent nos frères les Hongrois! Ceux-ci avaient promis de rester neutres.

La population, victorieuse à Modène, à Reggio, à Carrare, ville d'artistes, à Massa, forçait, le 21, le grand-duc à une fuite rapide.

Des colonnes de volontaires sous le commandement de Zambeccari, accourues de Bologne au secours de Modène, trouvaient la ville en fête, célébrant sa délivrance, et s'en retournaient heureuses de ce que Tannonce de leur démonstration et de leur marclie n'avait pas été sans influence sur la détermination du prince.

Les acclamations des patriotes modénais étaient le vœu, le syml)ole, le résumé du mouvement : l'union des peuples de France, d'xUlemague et d'Italie dans la révolution !

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