CHAPITRE QUATRIÈME
ciictio : X'ciiisc d('livi('t' ; les pitivinces alfraiicliics, <'xce|)lc Véiiiuc; proclamation tli' la République; {[oiiverncMncrit provisoire, Manin président; préparatifs de défense; situation de Venise; ses forts; les provinces s'orfjanisent pour la lutte; départ des colonnes de croisés. — Loniltardie : Suite du drame insurrectionnel; reirait<! d(! rarmé<; autrichienne; son désarroi; liadetzki la concentre, et se retraiiclie dans le quadrilatère, entre le .Minc-io et l'Adine; pertes considérables des Autrichiens; le conseil de {juerre de .Milan veut poiu-snivre l'armée ennemie sans repos ni trêve; départ des colonnes de volontaires; elles franchissent l'Oglio, la Chiese; descendent sur le lac de Garde; poussent jusqu'à Peschiera ; elles préparent une expédition contre le Tvrol; le gouvernement provisoire attend le roi de Piémont et son armée; deux opinions; appel à Charles-Albert; destinées réservées après la victoire.
La capitulation signée à Venise, dans la soirée du 22 mars, par le lieutenant-maréchal comte Zichy, renfermait ces importantes conditions : « Les troupes du régiment Kinsky et celles des Croates , l'artillerie de terre, le corps du génie, évacueront la ville et tous les forts. Toutes les troupes italiennes et les officiers italiens resteront à Venise. Le matéiiel dei^uerre de tout genre restera à Venise. Toutes les caisses devant rester à Venise, on ne donnera que l'argent nécessaire à la paye et au transport des susdites troupes. La paye sera faite pour trois mois. »
Venise délivrée se trouvait ainsi posséder, dans l'arsenal, un matériel militaire et maritime suffisant à sa défense, et, dans les caisses publiques, dix millions de lires. Les bataillons italiens pouvaient servir de cadres à la formation d'une armée régulière. La garde civique,
n LA RÉVOLUTION DE 1848 EN EUROPE.
forte de 6 à 7 000 liommes, augmentait d'heiire en heure. Des compagnies de volontaires s'improvisaient pour expulser les Autrichiens de la terre ferme, comme on les avait expulsés de Venise.
Le 22, de l'autre côté du golfe, à Pola, stationnait une flottille de neuf navires, sous pavillon autrichien, mais servie par des malelots vénètes et dalmates. Il ne paraissait pas douteux qu'elle ne s'empressât d'accourir, au premier appel, autour du lion de Saint-Marc. Alors Venise, maîtresse souveraine de l'Adriatique, pouvait dominer Trieste , et faire des tentatives sur ses anciennes possessions maritimes. Alors Venise doublait sa force et sa puissance. Sans recourir aux flottes sarde, napolitaine, ou étrangères, elle voyait accroître son influence sur les destinées de l'Italie.
Cette pensée de salut se présenta bien à l'esprit des membres de la municipalité, transformée, pour une seule nuit, en gouvernement provisoire parla capitulalion même; mais, par un incident fatal, elle ne reçut pas son exécution. Un bateau à vapeur du Lloyd avait eu mission de se rendre à Pola, pour transmettre directement à la flotte une dépêche qui la prévenait de la délivrance de Venise, avant que les autorités autrichiennes pussent s'opposer à son départ. Le bateau était prêt, il allait s'éloigner du port , lorsque l'ex-gouverneur demanda l'autorisation de s'embarquer sur ce bateau , qui, de Pola , devait se rendre à Trieste. Au milieu du trouble inséparable des premiers moments d'une révolution triomphante, sans en prévoir les conséquences.