‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 31 sur 209 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

sans y songer, on eut rimpriidence de consentir à cet embarquement. A peine le bateau fut-il en pleine mer, que l'ex-gouverneur et les employés autrichiens forcèrent le capitaine à naviguer sur Trieste. Les autorités de Pola averties avant la flotte et maîtresses du port par les batteries, les navires restèrent au pouvoir du gouvernement de Tempereur.

Vingt-deux ofiiciers seulement parvinrent à s'échapper sur une frêle barque, l)ravant tous les périls pour se dévouer au service de la patrie.

La perte de la flotte fut pour la Yénétie un malheur, dont elle eut à déplorer les résultats funestes. Toutefois, trois bricks de guerre, qui croisaient dans l'Adriatique, revinrent à Venise se ranger sous la bannière italienne.

La joie d'une délivrance inattendue, l'ivresse d'une victoire remportée sans combat, les nouvelles de la défaite des Autrichiens à Milan et de succès réitérés dans la Vénétie, adoucirent les regrets d'une flotte espérée et perdue.

Les principaux forts qui commandent l'entrée de Venise, Brondolo, ïreporti et 3Ialghera, tombent au pouvoir des habitants, sans résistance de la part des soldats autrichiens complètement démoralisés. Chioggia, sur la ligne des lagunes, chasse, par un coup de main hardi, les troupes allemandes du fort San Felice, où elles s'étaient réfugiées. Le t'i-, le général d'Aspre évacue Padoue, avec 8 000 hommes et son artillerie , pour se rallier à Radetzki, abandonnant, dans sa retraite

9i LA RÉVOLUTION DE 18i8 EN EUROPE.

précipitée, ses malades à la générosité de la ville. La garnison de Trévise capitule. Vicence, Rovigo, recouvrent leur liberté. Bellune reste au pouvoir de ses habitants, ainsi qu'Osopo et son fort. Palma-Nova, place de guerre, est remise à la garde civique sous les ordres d'un général italien, Zucchi. Udine s'affranchit.

Dans la Yénétie, sept provinces sur huit proclamèrent leur indépendance et envoyèrent des délégués à Venise. Des bords de l'Isonzo aux bords de l'Adige, le despotisme de l'étranger était expulsé. Le courage des populations triomphait. La main de fer ne pesait plus sur ces fertiles contrées. A cette nation atTranchie, l'air semblait plus léger, le ciel plus pur, la terre plus généreuse, Dieu plus juste et plus grand.

Vérone seule, hésitant, manquant d'audace ou égarée par les promesses de l'archiduc Régnier, avait laissé échapper l'occasion, restait captive, et devenait le centre des opérations de l'armée autrichienne.

Le 22, avant de connaître les progrès de l'indépendance de l'Italie, le premier cri de Manin avait été :■ Répubhque! Toutes les provinces avaient aussitôt répondu. Vérone même avait entendu ce cri de ralhement : Vive la République vénète! Il avait retenti jusque dans la Dalniatieî C'est qu'il était un souvenir et une résurrection. Il ne rappelait pas, comme en France, des guerres civiles mêlées de gloire et de sang. Il ne rappelait qu'une époque de grandeur, de puissance et (le richesse. Ce n'était pas le dernier terme d'une révolution. C'était le réveil d'un peuple! Ce peuple effaçait

Page 1