‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 33 sur 209 · CHAPITRE QUATRIÈAIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈAIE

du peuple, après le nom de ]\Ianin, les noms des ministres qui devaient avec lui former le gouvernement : Tommaseo, poëte célèbre; Castelli, avocat distingué; Paleocapa, ingénieur connu par de remarquables travaux; Leone Pincherle, ami do Manin, symbole de l'union des religions; Toffoli , ouvrier tailleur; Solera, officier retraité; Paolucci; Camerata; Mengaldo, maintenu dans son commandement. L'adhésion fut unanime. Dans ce peuple, il n'y avait plus qu'une âme, qu'une volonté : secouer la poussière qui couvrait l'antique et glorieuse République vénète , la sortir de son linceul, la rappeler à la vie; non pas, comme autrefois, avec une aristocratie maîtresse de toutes les destinées, avec une ville imposant sa domination aux provinces, mais avec les progrès, les améliorations, les lumières, enfantés par les révolutions modernes, avec la liberté, l'égalité des droits, la fraternité des cœurs, principes sacrés de la démocratie.

La défense de Venise et des provinces fut la première préoccupation du gouvernement. Les troupes autrichiennes étaient repoussées, dispersées, démoralisées, mais non anéanties. Ne devaient-elles pas bientôt s'arrêter dans leur fuite , se reconnaître , se grouper, se concentrer et se retourner- contre le pays qui les avait chassées, furieuses de leur désastre, prêtes à laver leur honte et leurs revers dans la dévastation et dans le sang? Certes, les révolutions de Gallicie, de Hongrie, de Bohême, diversion puissante, affaibhssaient le gouvernement autrichien en absorbant une partie de ses • M. 7

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forces; mais ne puiserait-il pas des ressources dans le mouvement même qui poussait les nationalités les unes contre les autres? Et des cohortes nouvelles, mues par les ambitions et les haines des races, ne seraient-elles pas avant peu sur les frontières? Le Frioul, le Tyrol, la mer étaient des voies ouvertes; car, pour arrêter l'armée ennemie, la Yénétie n'avait pas d'armée organisée; on ne pouvait que lentement en organiser une. Une politique ombrageuse n'avait fondé dans le pays ni école de génie, ni école d'artillerie; les habitants n'avaient aucune idée du manie^nent des armes, ni de la tactique militaire. Les villes, la plupart non fermées, barricadées seulement, n'ayant à opposer à la science, à la discipline , aux canons, que la bravoure, pouvaient bien faire, au premier choc, une résistance désespérée, mais devaient succomber. Le gouvernement de Venise avait bien confiance dans l'élan révolutionnaire qui l'avait fait triompher; mais cette confiance ne l'aveuglait pas. Aussi, le 28, s'empressa-t-il de constituer un Comité de défense.

Venise , centre et refuge des provinces , dont la conservation importait le plus, comme point stratégique , au salut de l'Italie, exigeait des travaux immédiats. Il fallut veiller à leur rapide exécution du côté de la mer, du côté de la terre. Les provinces nécessitaient un système général d'armement; les frontières, les villes ouvertes , les places fortes devaient être sauvegardées. Le plan tracé , on se mit à l'œuvre,

Venise, par sa position unique , est plutôt une province fortifiée qu'une place de guerre. C'est une ligne <le travaux reliés comme les anneaux d'une chaîne, de 70 milles d'étendue. Militairement, elle se divise en

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