‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 36 sur 209 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

parole de cœur et un adieu. Le patriarche les bénit au nom du Christ; 3Ianin promet le souvenir éternel de la République à ceux, qui succomberont, des secours fraternels à leur famille, et leur recommande de montrer aux provinces vénètes comment Venise entend concourir à la défense commune. Le peuple lesacclame et leur envoie des souhaits, des applaudissements, des baisers et des larmes. Le 8 et le 9, de nouvelles colonnes sous la direction des deux frères Zerman, de Girolamo Michiel, de Daniel Francesconi, reçoivent les mêmes témoignages. D'autres se préparent à les imiter. Le péril est aux frontières ; on y court.

Les provinces ne restaient pas inactives. Partout mêmes efforts! Organisation de comités de résistance, de gardes civiques, de volontaires! Venise envoie tout ce qu'elle peut envoyer de fusils et de munitions; on se les partage. Les villes ouvertes, comme Vicence, sont barricadées ; les forteresses sont réparées. Les militaires expérimentés , les soldats aguerris , les volontaires prêts à tout, s'y renferment résolus, déterminés à conserver à l'Italie ces remparts, naguère moyens de tyrannie, désormais sauvegarde de la patrie. Sur les frontières, Osopo, Udinc, Palma-Nova et le Tagliamento, forment, du haut des Alpes à l'Adriatique, une ligne facile à défendre, où une armée de dix mille hommes pourrait arrêter une armée trois fois plus nombreuse. Le gouvernement provisoire du Frioul ordonne, le 29 mars, la mobilisation de dix mille gardes civiques dont il confère le commandement au général Conli.

Mais un décret ne donne ni les officiers, ni les armes, ni l'artillerie, ni la science, et ne fait pas les soldats. Cependant à cet appel toutes les provinces répondent l Dès le 30, la légion trévisienne part de Trévise sous le commandement de Jean Gritti. Le I*' avril, une colonne de 270 volontaires quitte Bellune, pour se placer, à Palma-Nova , sous les ordres du général Zucchi. Feltre, Conegiiano, Coneda, Valvasone et autres villes, envoient leurs hommes d'élite. Les croisés vénitiens arrivent à leur tour. D'autres sortent de Padoue, de Rovigo , pour arrêter les convois de l'ennemi sur les bords de l'Adige. Du haut des montagnes jusque dans la plaine, d'une extrémité de la Yénétie à l'autre, c'est un élan

général.

La Yénétie n'était pas seule contre l'ennemi commun; la guerre y appelait tous les peuples de l'Italie.

En Lombardie, le drame insurrectionnel se développait avec des péripéties plus palpitantes encore, car elles étaient plus sanglantes. Après les cinq journées de combat où l'héroïsme des Milanais avait triomphé, nous avons dit comment , de la part des Autrichiens et pour masquer leur retraite , il y avait eu redoublement d'aîtaqne, fusillade, bombardement sans interruption, embrasement des maisons, massacre, sac, pillage, furieux et impuissants adieux de l'armée à la vaillante cité.

Le temps était pluvieux et froid, les routes défoncées, couvertes de barricades, d'arbres abattus, de fossés, de flaques d'eau. On eut à frayer un chemin aux chariots, aux transports, à l'artillerie. Les soldats

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